SCENE III
LE ROI, LAURE, OCTAVE, SAiNCHE, JULIE.
OCTAVE, bas Cl Laure.
Ah! madame.
LAURE, OH roi.
Ah ! seigneur.
Quel trouble à son aspect s'est saisi de mon cœur! Pardonnez ce désordre à ma douleur extrême, A peine en cet état me connais-je moi-même.
LE ROI
Approche, et crains un roi qu'on ne peut abuser, Ta sûreté consiste à ne rien déguiser.
Parle, quel est ce traître ennemi de sa gloire Qui par la mort d'un prince a souille sa victoire? Apprends-nous ses desseins, et force ma bonté A donner ton pardon à ta sincérité.
OCTAVE
Sire, si le malheur doit passer pour un crime. Votre courroux est juste, et ma mort légitime, Puisqu'enfin, attiré d'un désir curieux.
Je venais admirer la pompe de ces lieux, Quand de mon mauvais sort la fatale injustice A su d'un inconnu m'engager au service.
LE ROI
Sans plus dissimuler, songe que les tourments Nouspeuvent garantirde tes déguisements; [rache Et prends garde, surtout, que leur rigueur n'ar- Ce qu'un devoir frivole imprudemment nouscache. SAN'CHE, présentant un billet au roi.
Sire, de ce devoir puisqu'il fait tant de cas, Voyez si ce billet ne le trahira pas.
OCTAVE, bas.
0 malheur imprévu !
SANCHE
Par dépêche secrète Il a cru sûrement l'envoyer à Gaëte, Mais quelques espions en chemin l'ont surpris.
LE ROI
Dieux, quel trouble à mon tour agite mes esprits ! « A l'Infant de Sicile! « 0 ciel est-il possible! LADRE, bas.
Enfin, cher Fédéric, ta perte est infaillible.
LE ROI, Ut.
<i Rodolphe par mes mains a vu finir ses jours, Et m'oblige en ces lieux à craindre un sort con traire. Ne perdez point de temps, venez à mon secours. Si vous prenez encor les intérêts d'un frère. « Fédéric. »
Puis-je croire au rapport de mes yeux!
Mon plus grand ennemi, Fédéric en ces lieux! 0 de tous les malheurs le dernier elle pire! Pour Rodolphe tué c'est peu que je soupire. Si pour percer mon cœur par des traits plus puis- Fédéricn'estl'auteurdes peines que je sens, [sanls, Il n'est point de malheur sans tache d'infamie. Quand le coup nous en vient d'une main ennemie ; Et dût sur moi du sort l'ouvrage s'achever. Ce n'est que dans le sang que je la dois laver.
OCTAVE
Puisqu'enfin l'intérêt du prince de Sicile
Ne trouve en moi l'appui que d'un zèle inutile,
Ce serait le trahir que de vous plus cacher
Ce glorieux vainqueur que vous faites chercher.
S'il vous prive d'un bras dont vous plaignez la perte,
Sire, à tous combattants la lice était ouverte;
Et Rodolphe sans vie à ses pieds abattu.
Est un crime du sort, et non de sa vertu.