SCÈNE VII LAURE, FÉDÉRIC, JULIE, OCTAVE
FÉDÉRIC
Enfin, madame, est-il possible
LE GliOLIER DE SOI-MÈMi:, ACTI': III, SCÈNE VIIF.
Que le ciel à im's maux se déclare sensilile, lit qu'après tant de traits lancés déjà sur moi Il puisse coiiscnlir au bien que je reçoi ?
LAURE
Prince, votre vertu parait toujours la même. Elle demeure ferme en un péril exlréme; Kf redoublant sa force où tout autre s'abat, Ce qui dût l'afl'aiblir augmente son éclat; N'attendez pas de moi que la mienne y réponde. Je m'abandonne entière à ma douleur profonde. Ei faut-il s'étonner si mon cœur s'est rendu ? Prince, je vous aimais, et je vous ai perdu.
FÉDÉRIO.
Ab! Souffrez que du sort j'adore l'injustice Qui vaut à mes désirs un aveu si propice; Ou si j'ose me plaindre en un état si doux, Ne vous offensez pas si je me plains de vous. Craindre un faible péril où votre amourm'engage. C'est d'un charmant espoir m'envier l'avantage. I C'est voir avec regret que j'ose me flatter D'avoir cherché du moins par où vous mériter. L'amour de ma princesse est un trésor insigne. Dont mou sang hasardé melaisse encore indigne; Etquand un si beau feu dans un cœur peut régner. C'est en mourant pour vous qu'il le faut témoigner.
LAURE
De votre passion celle preuve obligeante. Prince, ne fait qu'aigrir la douleur d'une amante. Qui du sort qui la perd sont d'autant mieux les coups Qu'elle voit éclater plus de mérite en vous. Ne croyez pas pourtant que je me tienne quitte Pour plaindre le malheur où je me précipite. Je prends votre destin pour la règle du mien; Quand on a tout à craindre, on ne doit craindre rien. Que le roi sache donc l'ardeur qui me transporte. Ce sera m'allirer son courroux, mais n'importe. L'honneur à ce péril me presse de courir; Et quand un bel elfort nous engage à périr. D'une baute vertu la marque la plus ample N'est pasd'en recevoir, maisd'en donnerl'exemple.
FÉDÉlilC.
Je croirais faire outrage cà des feux si constants. Si j'osais vous laisser dans l'erreur plus longtemps Que contre Fédéric le roi soittout de flamme, Ne craignez rien pour moi, je suis libre, madame.
LAURE
Prince, que dites-vous?
FÉDÉRIC
Qu'un autre est pris pour moi, Qui sous mon équipage a pu tromper le roi ; Et que loin que mon sang en ces lieux se hasarde. Je tiens dans ce château ce faux prince à ma garde.