EL
LAURE
D'où vient ce soupir?
Je l'éprouve moi-même.
LAURE
Quoi, vous pourriez aimer?
Voyez que ma rougeur Condamne la révolte où s'obstine mon cœur. Non pas que j'aime encor: mais mon ànie surprise A trop de complaisance engage ma franchise; Et dans l'appas flatteur qu'elle craint de bannir, Ce qui n'est point amour le pourra devenir.
LAUltE.
Vous devriez...
Je sais ce que je devrais faire.
Ne parler que de pleurs lorsque je perds un frère; Ou si ma passion a pour mni quelque appas. En rougir en secret et ne l'avouer pas; Mais enfin, plus mon feu se contraint au silence. Plus j'en sens dans mon cœur croître la violence; Et l'amour en tyran s'y voulant établir, Je le pousse au dehors afin de l'affaiblir.
LAURE
Je vous blâmais d'abord de n'avoir su l'éteindre, Mais ce que vous souffrez me force devons plaindre.
\h ! Si vous me plaignez de souffrir pour aimer. Oyez pour qui je souffre, et vous m'allez blâmer. Ce nouveau gouverneur, c'est lui qui m'a su plaire.
LAURE
0 ciel! Que dites-vous?
Ce que je ne puis taire.
LAURE
Quoi, celui que vous-même avez fait gouverneur.