‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 406 sur 1518 · I.AURE · texte numérisé non relu

I.AURE

Il est vrai que le roi témoigne en apparence Du prince Fédéric approuver l'alliance; Et, par son ordre exprès, je le dois assurer Qu'il n'est rien que ses feux ne puissent espérer. Mais comme avecque moi son âme s'est ouverte. Ce favorable aveu n'est qu'un piège à sa perte; Et j'ai trop remarqué, quoi qu'il fasse aujourd'hui, Qu'il cherche sa ruine, et non pas son appui.

LE GEOLIER DE SOI-Mft.ME, ACTE IV, SCÈNE IL

ISABELLK.

Pourquoi donc l'écouter"?

LAUnE.

Ce traitement est rude, Mais c'est pour le connaître avecque certitude : Car comme Fédéric s'est obstiné d'abord A cacher sa naissance, et déguiser son sort. Que même il ne l'avoue encor qu'avec contrainte; Le roi ne peut assez démêler cette feinte, Il est toujours en doute, il craint d'être abusé. De perdre au lieu du prince, un prince supposé. Et croit s'en éclaircir avec pleine assurance Par l'espoir de la paix et de son alliance. C'est sous ce faux appas qu'il cache son courroux.

J'ose m'en réjouir moius pour moi que pour vous. Il me serait fâcheux de voir le sang d'un frère Être aujourd'hui le sceau d'un accord si contraire ; Mais quelle indiguité si do vos plus beaux jours Un hymen si honteux déshonorait le cours!

LAURE

Et si ce feu caché d'une invincible haine. Ce courroux déguisé faisait toute ma peine?

Quelle indigne pitié séduirait votre cœur?

LACRE.

Celle de voir trahir un illustre vainqueur. Enfin sur votre esprit si j'ai quelque puissance. Quoique sœur de Rodolphe, imposez-vous silence.

Vous pouvez tout sur moi, mais...

Mais ne sait-on pas Qu'un si pressant devoir venge trop son trépas? Vous ne trouviez en lui qu'un cruel adversaire.

Dois-je être lâche sœur, s'il fut injuste frère?

LAUBE

Non; mais si vous m'aimez, par quelle dure loi Vous sera-t-il permis de le venger sur moi?

Ce discours me surprend.

LAURE

En faut-il davantage?

Le sort d'un malheureux touche un noble courage. Déjà la renommée avait peint à mes yeux Le prince Fédéric illustre et glorieux; Mais si ses grands exploits m'avaient préoccupée. Mon estime pour lui n'a point été trompée; Il montre en son malheur, dont il brave l'assaut. Une vertu si pure, un courage si haut. Que ma raison sur moi n'a point assez d'empire Pourm'empècherd'aimer ce que mon cœuradmire.

Vous me parlez de lui si favorablement, Que je soupçonnerais mon propre jugement, N'était qu'aux yeux de tous il s'est fait trop paraître Indigne du haut rang où le ciel l'a fait naître. Chacun remarque en lui des sentiments si bas...

LAURE

Chacun croît le connaître, et ne le connaît pas. On s'arrête souvent aux écorces grossières, [res ; Mais les yeux d'uncamante ontbien d'autres l.umiè- L'amourqui les conduit, pour peu qu'il soit con-

[stant, Leur fait voir dans sa source un mérite éclatant. C'est alors que sans honte une âme s'autorise .\ vouloir de son sens avouer la surprise; Mais, sans celte conduite, un œil mal éclairé Voit le mérite en trouble, et n'est point assuré : Ainsi ce Fédéric qu'on traite avec outrage. N'est qu'un faux Fédéric caché sous un nuage. Mais celui dont mon cœur éprouve le pouvoir. C'est le vrai Fédéric que l'amour me fait voir.

Cette subtilité de votre amour m'étonne,

Qui met deux Fédérics dans la même personne.

Mais sans examiner un mystère si haut.

Disons que ce qui plait est toujours sans défaut.

Qu'on trouve rarement imparfait ce qu'on aime;

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