SCENE I NICANDKE, ARCAS
KICANDRE.
Mais es-tu bien certain que ce soit Cléomène? Tes yeux font pu traliir?
ARCAS
Il est avec la reine, Seigneur; et son retour qu'exprès l'on fait savoir, Dans le peuple alarmé jette un nouvel espoir. Avec joie, à l'envi, déjà chacun publie Ce qu'il a fait pour nous conti'e la Messénie; Et, portant jusqu'au ciel le nom de ce héros. Semble mettre en lui seul la défense d'Argos.
XICAXDRE.
Jamais une si haute et vaste renommée Par de nobles exploits ne fut mieux confiimée; Et dans toute la Grèce il est fort peu d'États [bras. Qui, pour mieux s'affermir, n'aient employé sou Partout son grand courage a contraint la victoire De suivre ses désirs et respecter sa gloire; Et bien plus souhaité qu'il n'était attendu, Ce vaillant Cléomène enliu nous est rendu. La justice des dieux par son relour éclate. Ils s'en veulent servir pour perdre Timocrate. Ce lâche roi de Crète attaquant cet État, Veut d'un père perfide achever l'attentat : Déjà devant Argos sa flotte ose paraître, Mais l'orgueilleux tyran n'en est pas encor maître; Et nous lui ferons voir peut-être dès ce jour Ce que peut un grand cœur animé par l'amour.
ARCAS
Seigneur, dans le dessein de plaire à la princesse, Il semble qu'avec vous le destin s'intéresse. Puisque par cette guerre il offre à votre bras Tout te qu'un bel espoir a de plus doux appas. Combattez, et forçant l'orage qui s'apprête, De sou cœur a vos feux assurez la conquête. Et de l'éclat d'un sceptre avec raison jaloux. Le conservant pour elle, acquérez-le pour vous.
NICANDKE.
Hélas 1 C'est cette guerre à moi seul trop contraire
Qui détruit mon espoir quand tu veux que j'espère.
Pour vaincre la rigueur de nos premiers destins.
I^ reine a fait armer deux princes, ses voisins; I Tous deux sont accourus au besoin qui la presse, 1 Cependant, cher Arcas, ils ont vu la princesse;
Et comme il est trop vrai que la voir c'est l'aimer,
Tous deux également s'en sont laissé charmer. I Ainsi dans ses désirs ma flamme opiniâtre, 1 Trouve ave'c mon respect deux rivaux à combattre;
El si ce seul respect tient mes sens étonnés, 1 Juge ce que feront deux rivaux couronnés.
ARCAS. [craindre,
Quoi que ces deux rivaux vous donnent lieu de Si vous n'en aviez qu'un vous seriez plus à plaiu-
[dre.
Je sais bien que la reine, au besoin qu'elle a d'eux, Dans l'amour qu'ils ont pris écoutera leurs vœux; Mais comme choisir l'un serait irriter l'autre. Leur bonheur suspendu fera naître le vôtre; Et chacun d'eux enfin, l'un par l'autre détruit, De ses prétentious vous laissera le fruit.
NICANDRE
Mais s'il faut l'expliquer ma crainte tout entière, Sais-tu que la princesse est orgueilleuse et flère?
ARCAS
Quel que soit son orgueil, il manque en vousd'objct, N'êtes-vous pas né prince?
NICANDRE
Oui, prince, mais sujet.
ARCAS
Mais sujet dont les soins toujours infatigables Aux peuples nos voisins nous rendent redoutables. Depuis plus de six ans, c'est d'eux que cet Etat Sous une auguste reine emprunte son éclat; Et vous avez fait voir par d'assez nobles marques Ce qu'en vous peut le sang de nos premiers monar- Avec ce privilège oserez-vous douter [ques ;
Que son cœur...
NICANDRE
Cesse, Arcas, cesse de me flatter.
Mes rivaux ont sur moi du moins cet avantage, Qu'ils eurent en naissant un sceptre pour partage, Et que sans son hymen dans le trône placés, -Mes vœux auprès des leurs semblent intéressés. Oui, ce rang inégal où le ciel m'a fait naître. Sans être ambitieux me force à le paraître, Puisqu'enfln mon amour, qu'en vain je veux borner. Demande une couronne, et n'en saurait donner.
Vous vous alarmez trop.
NICANDRE
Pour sortir de ce doute.
Employons auprès d'elle un ami qu'elle écoute. Cléomène...