‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 427 sur 1518 · A MONSEIGNEUR LE DUC DE GUISE · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR LE DUC DE GUISE

MOMSEIGNEUR,

Timocrate est trop jaloux de sa gloire pour différer plus longtemps à venir rendre à V. A. les hommages qu'il lui en doit; il eu a reçu beaucoup dans les témoiguages publics que toute la cour et tout Paris semble avoir rendus à son avantage, mais ce n'est qu'en vous la consacrant qu'il s'en peut assurer la possession, et il vous la consacre avec d'autant plus d'ardeur, que la teuant entière de votre illustre suffrage, c'est dans ce respectueux, effet de sa reconnaissance qu'il en trouve le précieux achèvement. S'il volt quelque chose de flatteur dans les acclamations qui en ont fait jusqu'ici tout l'éclat, il sait qu'elles n'ont rien de durable; que l'injuste caprice du siècle les rend souvent communes à toutes les nouveautés qui le surprennent, et qu'ainsi il en est peu que le temps puisse sauver de l'injurieux soupçon d'avoir été plutôt données à de faux brillants qu'à, de véritables beautés. La crainte en est sans doute fâcheuse à ceux qui, comme lui, sont poussés d'une belle ambition; mais il s'en ose croire à couvert dans l'espoir dont il se flatte que V. A. ne dédaignera pas de lui accorder la continuation des grâces qu'elle lui a tant de fois si généreusement prodiguées; et que l'honorant de sa protection, elle lui permettra de publier qu'il fut assez heureux pour trouver quelque part dans son estime, lors même qu'il était le moins eu état d'y pouvoir aspirer. Après cela, Monseigneur, il est impossible que l'on attribue à son seul bonheur cet accueil obligeant qu'on lui a fait en France, et dont la juste défiance que lui donnait le peu qu'il mérita, lui souffrait ù peine de concevoir les souhaits ; pour en convaincre ses plus obstinés ennemis, il suffit qu'il se puisse vanter d'avoir su plaire à V. A. Il n'y a personne qui ne sache que votre esprit est d'une trL>nipe si relevée, qu'étant incapable de se laisser éblouir, s'il excuse toiyours avec bonté, il ne loue jamais qu'avec justice, et que ce qui échappe quelquefois aux connaissances les plus éclairées, n'offre rien d'obscur aux lumières perçantes qui lui font pénétrer les moindres défauts avec un plein discernement. Pour moi, Monseigneur, comme je n'oublierai jamais l'honneur que je reçus dans le commandement que vous me fîtes de vous faire la lecture de cet ouvrage longtemps avant qu'il fiît représenté, je me souviendrai toujours avec admiration de cette merveilleuse vivacité, qui vous fit découvrir d'abord les intérêts les plus cachés de Gléomène. et développer dès ses premiers sentiments le secret d'un ureud qui pendant quatre actes a laissé Timocrate inconnu presque à tout le monde ; mais quoique ce roi si longtemps persécuté semble n'avoir plus rien à craindre aujourd'hui de sa mauvaise fortune, etqu'apres avoir hautement triomphé de ses malheurs, il ne doute pas qu'il ne

rencontre auprès de V. A. un asile inviolable contre les plr rudes attaques dont il pourrait être menacé, ce n'est pas lir seul avantage qu'il en ose attendre, il y voit la certitude de tout ce qui peut remplir les désirs les plus étendus, et il se tient plus assuré de l'immortalité sous l'éclatant appui de votre nom, que si les marbres et les bronzes lui répondaient déjà de cette seconde vie, qui conune elle est le charme des grands cœurs, en fait aussi la plus solide récompense. En effet. Monseigneur, quel avenir assez éloigné se voudrait défendre d'avoir pour tout ce qui portera cette noble marque, le même respect qu'on lui rend aujourd'hui, et ne ferait pas vanité de contribuer quelque chose à dérober à l'injure des années ce qu'il trouvera soutenu d'une recommandation si favorable '? Si l'on jette les yeux sur ces grands personnages dont avec les éminentes qualités vous avez hérité le sang et ce fameux nom de Guise, ou n'admire pas moins de héros que vous pouvez compter d'a'ieux, et le nombre des miracles de leurs vies n'est réglé que par celui de leurs actions. Toutes n^s histoires nous eu fournissent ii l'envi les pompeuses ei surprenantes images ; mais de quelques vives couleurs qu'elles s'étudient ù les faire briller, elles ne nous représentent rien en eux tous de si grand ni de si achevé dont nous ne voyions aujourd'hui avec étonnement les merveilles glorieusement ramassées en la seule personne de Y. A. Cette inimitable grandeur d'àme qui règne dans tous vos sentiments, cette haute générosité qui se rend iusépai'able de tout ce que vous faites, et tant d'autres dons excellents dont le ciel s'est plu à se montrer si libéral en votre faveur, sont d'irréprochables témoins de cette vérité, et les rayons secrets de cette majesté brillante qui nous fait r.'specter en vous un grand prince, semblent être moins un droit de votre naissance, que le caractère de votre veïtu. Mais, Monseigneur, je ne m'aperçois pas que me laissant emporter insensiblement à mou zèle, je donne lieu de croire ([ue j'oserais presque entreprendre de vous louer. je suis trop persuadé de ma faibh^sse pour faire un projet, qui ne servant qu'à la rendre publique, ne souffrirait aucune excuse à mon indi.scrête témérité, et si je dois me hasarder à la faire paraître, il vaut mieux que co soit à vous protester que si des vœux entièrement soumis, et une vénération très profonde pouvaient mériter d'être considérés dans le peu que je suis, je ne serais peut-être pas tout à fait indigne d'obtenir la permission de me dire,

Monseigneur,

De "N'otre Altesse,

Le très humble, très obéissant, et très passionné serviteur,

T. Corneille.

PERSONNAGES

TIMOCRATE, roi de Crète, déguisé sous le nom de Gléomène. LA REINE D'ARGOS.

CRESPHONTE, ) LÉONTIDAS, ! ^^^'^ ^'<^^«^^s-

ÉRIPHILE, fille de la reine.

PERSONNAGES

NIGAXDRE, prince sujet de la reine d'Argos.

TRASILE, prince sujet du roi de Crète.

DORIXE,

CLÉONE

ARGAS. confident de Nicandre.

confidentes d'Eriphile.

La scène est dans Argos.

Tfli]®C!EATE.

TIMOCRATE

S'il vous faut à ce pris racheter votre haine. Pour dispenser vos lois, daignez faire une reine ,

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