‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 436 sur 1518 · CI.ÉOMÉNE · texte numérisé non relu

CI.ÉOMÉNE

Oui, seigneur, ses regards trop puissants Ont contre ma raison fait révolter mes sens. Dans la gêne secrète où cet amour m'expose. De mon éloignement ne cherchez plus la cause. Par une prompte fuite opposée à ces feux. J'ai cru me dérober à l'orgueil de mes vœux; Mais en vain, dans l'espoir de guérir par l'absence Je m'en suis imposé l'affreuse violence, Cet effort dans mon mal u'a pu me secourir, La mort seule le peut, et je reviens mourir.

NICASDBE.

Certes, si vous aimez, l'exemple est assez rare Qu'en faveur d'un rival un amant se déclare; Et ce feu si secret s'est un peu démenti, Lorsque de Timocrate il a pris le parti. Comme toujours l'amour pour soi seul s'intéresse, Conseiller son hymen, est-ce aimer la princesse? ■Vous l'aimez, dites-vous, et la pouviez donner?

CLÉOMÊNE.

Cessez, cessez, seigneur, de vous en étonner. L'amour qu'au désespoir la raison abandonne. S'attache à ce qu'il ôte, et non à ce qu'il donne. C'était toujours beaucoup pour flatter ma douleui', Que faire à trois rivaux partager mon malheur. Parce fatal hymen dont votre amour s'offense. Les deux princes, et vous, perdiez toute espérance; Et de cette douceur mon esprit abusé Ne voyait plus un mal qu'il s'était déguisé. « La princesse, » disais-je en ma triste pensée, <' Acceptant Timocrate obéira forcée; Et suivant de son sort le décret inhumain. Réservera le cœur en lui donnant la main.

Sa contrainte à mes maux me la peindra sensible; Et puisqu'enfin pour moi sa perte est infaillible. J'aime mieux qu'à ma flamme elle échappe en co En victime d'Étal qu'en victime d'amour. » [jour Voilà sur quoi mon âme au désespoir ouverte, Tâchait d'envelopper mes rivaux dans sa perte; Et dans ces sentiments, de leur bonheur jaloux, Jugez, seigneur, jugez ce que je puis pour vous.

MCANDHE.

Mais à suivre l'erreur dont votre âme est charmée, Qu'espérez-vous enfin?

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