ÉRIPHILE, CLÉOMÈNE
ÉRIPHILE. [dre
Que voulez-vous de moi? Venez-vouspourmeplain- Du refus d'un hymen qui me rend tout <à craindre. Ou si le roi de Crète assuré de vos soins A pu vous ordonner de me voir sans témoins?
CLÉOMÉNE.
Ah ! Madame...
ÉRIPHILE
Parlez. Si c'est ce qui vous mène.
Je vous dois audience aussi bien que la reine.
CLÉOMÉXE.
Pour me faire jouir de toute sa douceur. Daignez me la promettre avecque moins d'aigreur, Ma princesse.
ÉRIPHILE
Est-ce à moi que ce discours s'adresse? Qui peut trahir Argos me nomme sa princesse ; Et lorsque de ses vœux notre honte est l'objet. Me nommant sa princesse, il se dit mon sujet! Si l'indignation d'un conseil bas et lâche [che, Me fait vous témoigner quelque aigreur qui vous fà- Jugez contre un sujet quel serait mon courroux. Par le peu d'intérêt que je dois prendre en vous.
CLEOMKXE.
Et j'ai pu m'attirer un traitement semblable Par If^ plus bel effort dont l'amour soit capable? Car j'atteste les dieux...
ÉRIPHILE
Non, non, c'est perdre temps Une excuse de vous n'est pas ce que j'attends ; El quand mon cœur pourrait s'en pardonner l'injure, UuoUi? foi donnerais-jcaux serments d'un parjure?
CLÉOMÈNE
Moi, parjure, madame ! Et d'un soupçon si bas Vos propres sentiments ne me défendent pas? Ah! Si de mes respects désavouant l'hommage, Ma foi d'un tel reproche a mérité l'oulragc...
ÉRIPHILE
En effet, c'est fort bien signaler votre foi. Que servir Timocrate aujourd'hui contre moi. Son hymen conseillé d'injustice m'accuse? Ingrat, voilà ton crime, apprête ton excuse; Car, quoique de ta part il me dût peut toucher, J'ai la faiblesse encor de te le reprocher. Cette fierté qu'en moi la naissance autorise, A ta fausse vertu ne s'était donc soumise Qu'afin de te voir faire un lâche désaveu D'un triomphe si beau qui t'a coûté si peu?
Ah! Daignez mieux juger du zèle qui m'anime, D'un bel excès d'amour ne faites pas un crime ; Et dans ce même avis, suspect de lâcheté, Voyez jusqu'où pour vous cet amour m'a porté. Il m'a fait renoncer à tous ces avantages Qu'un glorieux espoir permet aux grands courages; Afin de mieux aimer j'ai voulu me ha'i'r. Et je me suis trahi de peur de vous trahir.
ÉRIPHILE
Quoi, toi seul applaudir aux vœux de Timocrate, N'est pas montrer une âme aussi lâche qu'ingrate, Et quand ta trahison par là se met au jour. J'en dois prendre l'effet pour des marques d'amour?
CLÉOMÈNE
Quoi , vous pourriez souffrir avecque moins de peine Qu'un servile intérêt fît agir Cléomène, Et que, lorsque le ciel s'offre à vous couronner. Il vous ravît un bien qu'il ne peut vous donner? Non, non, ma passion est assez noble et pure Pour savoir de mon cœur étouffer le murmure, Quand cette belle ardeur dont l'appas m'est si doux. Sans me considérer s'attache toute à vous. Ainsi lorsque j'ai vu par la paix qu'il souhaite, Timocrate à vos pieds mettre toute la Crète, Que son hymen offert s'en faisant le soutien Assurait votre trône en vous plaçant au sien, Vous devant un conseil et grand et magnanime. Ma flamme à balancer aurait cru faire un crime; Et contre vos soupçons les dieux me sont témoins Que j'eusse été perfide à le pai'aître moins.
ÉRIPHILE
Je croyais que l'amour qu'un tel revers accable, Lorsqu'il perd tout espoir, n'était»pas si traitable,