‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 443 sur 1518 · CI.KO.MKNE · texte numérisé non relu

CI.KO.MKNE

Aussi de mes conseils si l'cfTet devait suivre. Je sais d'uu tel tnalheur par où l'on se délivre; Et ma vie immolée à mou cruel devoir, Saurait liien ménager la douleur de le voir. Oui, du même moment que la fortune ingrate Eût semblé se résoudre à flatter Timocrate, Comme victime due à ce fameux accord, Cléoniéne sans doute eût achevé son sort; Trop heureux, si mourant pour vous avoir servie. On eût vu dans sa mort la gloire de sa vie; Et si de cette mort le secret avéré, Pour vous placer au trône eût servi de degré. Appelez ce dessein, faiblesse, ingratitude. Donnez-lui, s'il se peut, encore un nom plus rude. C'est par Va. seulement que ce cœur amoureux A cru justifier l'audace de ses feux.

Renoncer pour l'amour au soin de sa fortune. N'est que le faible effet d'une vertu commune; On a vu mille amants, dans ses moindres douceurs. Trouver la penle aisée aux mépris des grandeurs, Et poiu' l'objet aimé, sans que rien les étonne. Quitter parents, amis, sceptre, trône, couronne; Mais il est iuou'i peut-être avant ce jour. Qu'aucun ait immolé l'amour même à l'amour. Pour consacrer mon nom au temple de mémoire. C'est à moi que le ciel en réservait la gloire, Il la devait sans doute à ma fidélité ; Et j'ose jusque-là flatter ma vanité.

Que d'un effort, si grand, si beau, si peu croyable S'il vous fit seule digne, il m'a fait seul capable.

ÉRtPHlLE.

Au moins, si tu me crois le courage si bas. Que des seules grandeurs je goûte les appas, Ces princes, dont l'amour vient servir notre haine, Pouvaient par leur hymen me faire deux fois reine ; Et préférer au leur celui d'un ennemi. Ce n'est que te montrer généreux à demi.

CLÉOMÉNE.

Hélas! Vous plaignez-vous de cette préférence. Quand ils n'ont rien en eux par delà la naissance. Rien dont un grand courage ait lieu d'être jaloux. Hors l'illustre projet de soupirer pour vous? Ayant à succomber sous un revers insigne. Ma flamme a cru devoir ne céder qu'au plus digne, Et je laisse, madame, à juger qui des trois, A fait parler pour lui de plus nobles exploits.

ÉHIPHILE.

Souvent la renommée est mal instruite, ou flatte;

Et, quoiqu'elle ait osé nous vanter Timocrate, I La vertu qui produit les exploits les plus grands, ' Est celle quelquefois qu'on punit aux tyrans ;

Et c'est avec raison ce qu'en lui je soupçonne,

Si je veux ni'arrêter aux marques qu'il en donne.

CLÉOMÈNE

Aussi ne croyez pas que mon juste courroux Ait vu sans s'indigner qu'il armât contre vous.

Pour savoir ses desseins, en prévenir la suite. D'un zèle impatient je choisis la conduite ; Et quoiqu'un ordre exprès, connu danschaque port, De Crète aux étrangers eût défendu l'abord, ii'. passai dans sa cour, plein de cette vengeance Que de ma passion pressait la violence. Mais, hélas! Eus-je lieu de la |)récipiter, Quand j'appris qu'il n'armait que pour vous mériter, Et qu'une ardeur si belle échauffant son courage. Je devais dans son cœur respecter votre image? J'avouerai plus encor, dussé-je me trahir, Tout mon rival qu'il est, j'ai peine à le ha'ir; Et de soi le mérite étant partout aimable. Si quelque chose en moi vous paraît estimable. Si ce zèle en mon cœur par la gloire produit De quelque gi-andeur d'âme a mérité le bruit, Il la possède toute, avec cet avantage Qu'élevé sur un trône où brille son courage, De ce premier éclat ses exploits revêtus Donnent un double prix à ses moindres vertus.

ÉRIPHILE

Eh bien, sans respecter ton amour ni ta gloire. Fais pour ce cher rival ce qu'on n'eût osé croire ; Et puisqu'eu ta louange il trouve un faible appui, Contre toi, contre moi, va combattre pour lui. Tu me verras constante et fidèle en ma haine, Avouer hautement les serments de la reine, Encourager moi-même à mériter ma foi Ceux que jusques ici j'ai dédaignés pour loi, Et par un noble orgueil que la gloire autorise. De ma main à tes yeux récompenser sa prise. Quel triomphe de voir son sort précipité, Confondant son orgueil, punir ta lâcheté, Et dresser, par l'éclat d'une seule victoire. De ton ingratitude un trophée à ma gloire !

CLÉOMÉNE.

Cessez de soupçonner de sentiments ingrats Ce cœur qu'un rival touche, et ne parlage pas. Puisque vous le voulez, sa perte est assurée, 11 ne peut l'éviter quand vous l'avez jurée, J'y cours; et si pour lui mon zèle officieux A tâché d'étaler son mérite à vos yeiLX, Rendant à sa vertu ce tribut légitime.

Je ne l'ai regardé que comme une victime. Que mon amour soumis osant vous destiner. Pour vous l'immoler mieux, a voulu couronner.

ÉRIPHILE

Non, non, n'embrasse point une vertu contrainte.

CLÉO.MÉXE.

Le respect me défend le murmure et la plainte; Maisjeveuxqueles dieux, pour punirmesserments. M'exposent chaque jour à de nouveaux tourments. S'il est trône, grandeurs, que mon âme souhaite A l'égal de vous voir souveraine de Crète; Et si j'épargne rien, quoi que vous présumiez, Pour en mettre dans peu la couronne à vos pieds. Est-ce assez noblement répondre à votre haine?

ÉRIPHILE

Va, lu n'ignores pas ce qu'a promis la reine.

TIMOCRÂTE, ACTE lU, SCÈNE II.

Combats, vaincs, et surtout n'expose pas ma foi A refuser ailleurs ce qui u'esl rli'i qu'à loi.

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