SCÈNE I ISICANDRE, ARCAS
NICANDRE
Quoi, sans voir qu'à périr un tel refus l'exposo, Timocrate à sa fuite est le seul qui s'oppose?
ARCAS
Seigneur, je l'avouerai, j'appréhendais d'abord D'avoir peine à gagner le gouverneur du fort. Quoique de vos bienfaits Iphite soit l'ouvrage. Un scrupule léger souvent lui fait ombrage ; Et s'agissant ici de délivrer un roi.
Je craignais seulement l'obstacle de sa foi. Mais lorsque sa prison par lui nous est ouverte,
Voir ce roi malheureux s'obstiner à sa perte. C'est ce qui me confond, et le dernier effort De ce que peut sur nous la malice du sort.
NICANDRE
Pour couvrir ce refus encor que peut-il dire?
Que pour sa liberté son cœur en vain soupire, Puisqu'après la disgrâce où le ciel l'a fait choir. C'est de son seul vainqueur qu'il la peut recevoir.
NICANDRE
Maissait-il que sa prise importe à Cléomènc, Que son amour l'expose aux serments de la reine. Et que même déjà le scrupule indiscret D'un peuple trop timide ose en presser l'efTel ?
ARCAS
C'est par où j'ai tâché d'ébranler son courage ; Mais d'une haine injuste il veut forcer la rage, Et voir si Cléomène osera dans ce jour Tirer du sang d'un roi le prix de son amour.
NICANDRE
Ce n'est donc pas assez qu'une affreuse victoire D'un bel espoir au mien ait défendu la gloire. Si par na ennemi mon devoir combatlu Ne voit le sort jaloux confondre ma vertu. Il faut vaincre pourtant. Retourne, emploie Iphite, Joins ses efforts aux tiens, presse, agis, sollicite, Et fai» si bien qu'enfin Timocrate aujourd'hui Daigne accepter de moi ce que je liens de lui.
ARCAS
Puis-je avec tant d'ardeur le forcer à se rendre, Si votre amour par là n'a plus rien à prétendre ?
NICANDRE
Quoi, sa fuite aurait pu relever mon espoir?
ARCAS
Oui, s'il l'avait d'abord laissée en mon pouvoir; Car j'avais fait déjà soupçonner à la reine Qu'elle hasardait trop à croire Cléomène, Et qu'un faux Timocrate entre ses mains remis. Pouvait surprendre un bien aux seuls princes pro- Ainsi daus ce refus déclaircir sa naissance, [mis. Timocrate échappé par notre intelligence, On n'aurait pas eu peine à lui persuader Que pour couvrir sa fourbe il l'eût fait évader. Jugez quel doux espoir eût flatté votre flamme.
NICANDRE
Qu'à ce lâche dessein j'eusse abaissé mon âme!
Non, Arcas, mon amour jaloux de son bonheur. Peut attaquer son rang, mais non pas son honneur.
ARCAS
Je sais que dès l'abord votre vertu sévère Eût rompu ce projet, à ne vous le pas taire; Mais aussi je sais bien qu'en un pressant ennui On doit souvent servir un prince malgré lui. Cependant les soupçons où j'ai poussé la reine. Au lieu de le détruire avancent Cléomène, Puisque pour débrouiller le secret d'un tel sort, On doit avoir déjà mené Trasile au fort. Qui connaissant son roi, va, malgré mon adresse, A votre heureux rival assurer la princesse.