SCÈNE II MCANDRE, DORIDE, .\RCAS
XICAXDRE.
Parle, où vas-tu si vite?
DORIDE
Avertir la princesse Du plus noir attentat dont ait rougi la Grèce. J'en crois à peine encorce que mes yeux ont vu.
NIC.\SDRE.
Il faut sauver l'État de ce coup imprévu ; Dépèche, explique-toi.
DORIDE
Seigneur, ce Cléomène Dont l'orgueil aspirait au trône de la reine. De la haute vertu ce modèle parfait, N'a pu si bien cacher ce qu'il est en effet. Qu'en lui le juste ciel n'ait laissé reconnaître Un fourbe, un imposteur aussi lâche que traître.
NICAXDRE.
Que m'apprends-tu, Doride?
DORIOE.
Un secret éclairci.
Qui perdait la princesse et vous perdait aussi. Ous'ctonnait, seigneur, au bonheur de nos armes. De voir nos ennemis n'en prendre point d'alarmes, Et que dans leur parti le désordre et l'efTroi N'eût point encor suivi la prise de leur roi. Mais quelle crainte, hélas, troublerait leur victoire, Quand Cléomène à faux s'ose en donner la gloire. Et que son artifice à la fin prévenu Sous les armes d'un roi suppose un inconnu?
xica>;dre.
Quoi, celui dont lui-même a vanté la défaite, Le prisonnier du fort, n'est pas le roi de Crète?
DORIDE
Non, seigneur, mais l'appui d'un fourbe ambitieux Dont on a convaincu l'imposture à mes yeux. Sur un confus murmure épandu par la ville. Qui veut qu'au prisonnier on confronte Trasile, Quoiqu'en secret mon cœur en déplorât le sort. Par curiosité j'ai voulu suivre au fort. Où pressé de douleur et trompé par ses armes, Trasile à ses genoux allait porter ses larmes: Lorsque levant les yeux, il s'étonne de quoi On lui montre pour prince un sujet de son roi. Le prisonnier rougit ; et de son artifice Les signes qu'il lui fait donnant un clair indice, «Quoi, "ditalors Trasile, «un traître, un imposteur. S'ose dire vaincu sous le nom de vainqueur.
Et formant contre lui quelque trame secrète, Ariston dans vos fers s'érige en roi de Crète? Pour voir avec succès ce bruit partout semé, Son fantôme sans doute est assez bien armé; .Mais, quel que soit l'auteurd'unsibas stratagème, J'en verrai rejaillir la honte sur lui-même; Et de l'indigne alfroiit d'une fausse prison, Timocrate dans peu saura tirer raison. » A CCS mots, qui pour lui semblent un coup de foudre, On voit ce prisonnier ne savoir que résoudre. Il demeure confus, et sa confusion Servant à le convaincre en celte occasion, Sur un aveu si fort dont la preuve est facile, A la reine sur l'heure on remène Trasile.
Nir.AXDRE.
Arcas, qui l'aurait cru?
L'ambition, seigneur, A de puissants attraits h chatouiller un cœur ; Et de l'espoir du trône exclu par sa naissance, Cléomène...
DORIDE
Seigneur, le voici qui s'avance.
Vous-même sur sa fourbe essayez son esprit. Je cours à la princesse en faire le récit.