‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 459 sur 1518 · TIMOCRATE, ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

TIMOCRATE, ACTE IV, SCÈNE V

Un rrproche secret que malgré moi j'écoule, M'aiTêle incessamment sur le prix qu'il me coule. Aux aveugles désirs d'un transport furieux 11 m'a lait immoler un roi victorieux; Et cet elTort est tel, qu'à l'avoir su comprendre, Vous m'auriez moins poussé peut-être à l'entre- ÉRii'Hii.E. [prendre.

Ne crois pas ton orgueil jusqucs à te flatter D'un aveu qu'en effet tu n'oses mériter. Ce cœur qui voit le tien, et lit dans ta pensée, Ne peut être le prix d'une vertu forcée. Rencontrer par hasard, et triompher d'un roi, C'est ce qu'un autre heureux aurait fait comme toi; Mais en faire éclater le remords qui t'accable, C'est une lâcheté dont toi seul es capable.

CLÉOMÈXE.

Hé bien, à ce reproche osez vous emporter. Mais apprenez par où je l'ai pu mériter. Je suis lâche, il est vrai, moi-même je m'accuse, Non pour ce faux remords dont l'erreur vous abuse, Mais pour avoir souffert que ce cœur amoureux Abusât du respect d'un roi trop malheureux; Car, puisqu'un tel secret ne saurait plus se taire, C'est lui qui par sa prise a lâché de vous plaire; Et, quelque sûr qu'il soit de perdre ici le jour. Il est moins prisonnier de guerre que d'amour. Sitôt qu'il m'a connu, h Triomphe, Cléoméne, » M'a-t-il dit, » sans combat ta victoire est certaine, La princesse a donné l'arrêt de mon trépas. Je la respecte trop pour n'y souscrire pas; Et si j'ai pu d'abord suivre une ardeur contraire, De deux rivaux ha'is j'ai voulu la défaire; Mais ce courroux contr'eux dans mon cœur allumé, Ne peut avoir d'efl'et contre un rival aimé. ■> Ah, princesse !

ÉRIPHrLE.

Poursuis, renonce à ta victoire.

Tâche sur ton rival d'en répandre la gloire; Et me le faisant voir par soi-même vaincu. Rends-le digne d'un prix qui t'était si mal dû.

CLÉOMÈiNB.

Ce prix n'en peut avoir; mais si, pour y prétendre. Le mérite assez loin de soi pouvait s'étendre. Le ciel qui l'ait les rois n'en voit point aujourd'hui Qu'en un si haut espoir il soutint mieux que lui.

ISRIPHILE.

"Va, ta louange est froide; et puisque ta faiblesse

IA louer ton rival lâchement s'intéresse, Je te veux faire voir, pour combler tes souhaits, j Que je sais mieux encor louer que tu ne fais. ' De tout ce qu'a d'éclat la grandeur de courage, Timocrate lui seul possède l'avantage.

Comme il sait avec gloire en régler la chaleur, . I Sa prudence est toujours égale à sa valeur; Partout il fait briller une vertu parfaite, 11 est illustre et grand, mais il est roi de Crète ; I Et pour moi sa naissance est un crime si noir, ' Que sa mort de mes vœux est le plus doux espoir.

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