‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 470 sur 1518 · SCÈNE IV TLMOCRATE, ÉRIPHILE, CLÉONE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV TLMOCRATE, ÉRIPHILE, CLÉONE

TnrOCRATE.

Madame, après mon sort pleinement éclairci, En quelle qualité dois-je paraître ici?

Timocrate aurait-il mérité tant de haine, Qu'il eût de votre cœur effacé Ciéomène, Et ce cœur de bonté pour lui si prévenu, L'est-il moins pour un roi que pour un inconnu?

ÉRIPHILE

Ah ! Puisque ma douleur est forcée à paraître, Pourquoi, prince, pourquoi vousai-jepu connaître? Pour vous toujours du sort la funeste rigueur A contre mon devoir fait révolter mon cœur. Ce devoir autrefois l'empêchant de se rendre, Pour aimer Ciéomène il ne le put entendre; Et maintenant encor, quoi qu'il ose tenter, Pour haïr Timocrate il ne peut l'écouter.

timocrate. [craindre,

Quoi qu'ordonnent les dieux, je n'ai donc rien à Pri ncesse, mon destin est trop beau pour m'en plain- Et,sans murmureauciui, je m'en verrai trahi, [dre; Si je meurs assuré de n'être point ha'i.

ÉRIPHILE

Hélas! Pour en avoir la fatale assurance, Fallait-il assouvir une aveugle vengeance. Et sans perdre un héros si grand, si renommé, i Ne pouviez-vous savoir si vous étiez aimé? i

TIMOCRATE

Pour le mieux découvrir que pouvais-je plus faire? J'ai su passer deux fois dans le parti contraire; Deux fois ma passion par un discours trompeur. Vous nommant Timocrate, a sondé votre cœur. Avant que de combattre, et depuis ma victoire, J'ai fait agir pour lui tout l'éclat de sa gloire; Mais, loin que mon adresse ait rien gagné survous, J'en ai vu redoubler deux fois votre courroux. Et deux fois votre cœur trop rempli de sa haine. Vous l'a fait rejaillir jusque sur Ciéomène.

TIMOGRATli, ACTE V, SCKNE V.

EBIPHILE.

Aussi qui l'aurait cru qu'au uom si glorieux Eût caché si longtemps Timocrate à uos yeux, Et qu'après un serment que la vengeance anime, Lorsqu'il m'en fait le prix, il s'en fit la victime.

TIMOCRATE

Quand par ce seul moyen il vous peut acquérir, Vous voulez qu'il le sache, et qu'il u'ose mourir?

ÉHIPHILE.

Hélas ! dans ce dessein quelle est son injustice 1 En étant seul coupable il me rend sa complice. Et dans mon ennemi confondaut mon amant, Fait un crime pour moi de mon aveuglement. Ali! Prince, se peut-il que vous m'ayez aimée ?

TIMOCRATE

Mais plutôt votre haine est-elle confirmée Jusqu'à vouloir encor par un dernier ell'ort, Doutant de mon amour, que je perde ma mort?

KRIPHILE.

Comment n'en point douter quand cet amour s'ob- Par un projet funeste à chercher sa ruine, [stine Et qu'enfin Timocrate aux dépens de mon cœur, Pour s'en trop défier, s'immole à mon erreur?

TIMOCRATE

Xh, que vous savez mal connaître votre haine. De la croire étouffée en ce cœur qu'elle gêne! Ces tendres sentiments qu'il vient démettre au jour Sont dus à la pitié bien plutôt qu'à l'amour. A voir un ennemi plongé dans la disgrâce, La plus âpre fureur se dissipe et se lasse ; Et lorsque ses Iransporis vont être satisfaits. Si la cause en est chère, on en plaint les effets. Mais tous ces mouvements où la pitié nous mène, Éblouissent bien plus qu'ils n'éteignent la haine; Et sans doute aujourd'luii Timocrate opprimé, S'il n'était malheureux, ne serait pas aimé.

ÉllIPHILE.

Que vous êtes cruel de joindre encor l'offense...

CLÉONE

Madame, j'aperçois la reine qui s'avance.

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