I.A REI.N'E, « Timocrale
L'on nous attend au temple, où tout est préparé.
L'hymen va vous unir, vous l'avez désiré.
S'il est de votre amour le plus digne salaire.
J'en ai donné parole, il faut y satisfaire,
Et pour fuir le parjure, accomplir hautement
L'irrévocable arrêt d'un aveugle serment.
TIMOCRATE
Par quels vœux reconnaître une faveur si rare?
LA REINE
Vous me devrez bieu plus si mon cœur se déclare ; Et s'il ose pour vous jusque-là se trahir Qu'il montre aimer encor ce qu'il devrait haïr.
Car enfin, si je dois ma lille à Cléomène, Je dois en même temps Timocrate à ma haine; El plaindre l'un heureux, c'est monlrerqu'eu effet Malgré ce fier devoir, je perds l'autre à regret.
TIMOCRATE
Le bonheur qui m'attend a pour moi trop de char- Pour relâcher mon cœur à d'indignes alarmes, [mes, Allons, madame, allons, c'est trop le reculer.
ÉRIPHILE
Ah ! Prince, et c'est à moi que vous croyez parler? Ce n'est donc pas assez du malheur qui m'accable, Si d'un serment fatal je ne me rends coupable. Et vous osez penser qu'en vous donnant la main J'irai fournirdes traits à vous percer le sein? Voyez-vous ce qui suit un hymen si funeste?
TIMOCRATE
L'honneur m'en est trop cher pour redouter le reste.
ÉRIPHILE
Et pour vous et pour moi, je m'y dois opposer.
TIMOCRATE
Auriez-vous la rigueur de me le refuser. Et le nom d'ennemi dont il me justifie Ayant toujours souillé la gloire de ma vie. Par ce relus cent fois plus cruel que mon sort, Voudi'iez-vous ternir la gloire de ma mort?
ÉRIPUILE.
Ces serments dont les dieux font répondre la reine. Ne vous doive ni pas moins qu'il s doivent à sa haine; Et l'on ne peut sans crime oll'rir à leur courroux Le sang d'un ennemi qu'il ne soit mon époux.
TIMOCRATE
Si je ne le suis pas, à quoi donc vous engage Cette foi dont la votre honora hier l'hommage?
ÉRIPHILE
A ne pouvoir ailleurs disposer de mes vœux. Mais l'hymen seul a droitd'en éteindre lesnœuds; Et c'est au temple seul qu'avec pleine assurance Le ciel peut l'achever, si la foi le commence.
LA REINE
G combat, o dispute, où mon cœur étonné Se sent pour l'un et l'autre également gêné! Le ciel n'a-t-il rendu ma haine nécessaire, Qu'afin de lui soumettre une fête si chère, Et le sang que je dois à mes tristes malheurs, Ne le puis-jc verser sans répandre des pleurs? Mais où chercher ce sang qu'il faut enfin répandre? Je n'ai point d'ennemi si je me dois un gendre. Et, malgré mon courroux par ma haine affermi. Je ne le puis choisir que dans mon ennemi. 0 Irop sensibles coups d'une rigueur extrême ! J'aime ce que je perds, et je perds ce que j'aime. Et contrainte à venger un époux sur un roi. Je ne fais point de vœux qui n'aillent contre moi. Mais quel bruit tout à coup d'ici se l'ail entendre? Le peuple impatient se lasse-t-il d'aiiendre? Déjà pour votre hymen qu'il a vu dillércr, Dans sa lâche épouvante il semblait iiiiuMiiurcr.