SCÈNE II ARAXE, BÉRÉNICE, CLYTIE
BÉRÉNICE
Par ce trouble confns que vous faites paraître Les sentiments du roi sont aisés à connaître. En vain un beau destin s'efforce à m'élever. Il voit l'amour du prince, et ne peut l'approuver.
ARAXE
Dis plutôt qu'à nos vœux si son pouvoir s'oppose, L'amour d'Anaxaris en est la seule cause, Et que de sa faveur osant se prévaloir, Il traverse en secret un glorieux espoir.
DÉRKNICB.
Quoi, vous le soupçonnez d'une telle faiblesse. Lui qui doit aspirer au choix de la princesse, Et dont l'ambition, qui s'en laisse flatter. Contre l'ordre du roi le force d'éclater? Non, non, de cet amour je ne vois rien à craindre. Il a le cœur trop haut pour s'y laisser contraindre ; Et, quoi que le roi fasse, il croirait se trahir S'il me laissait l'honneur de lui désobéir.
ARAXE
Pour ne se pas brouiller avecque Philoxène, Il murmure, il se plaint d'un ordre qui le gêne; Mais son cœur qu'en secretconsnme un si beau feu. N'attend pour s'expliquer qu'un favorable aveu; Et s'il faut t'cclaircir le soupçon qui me presse. Peut-être il perd espoir de toucher la princesse, Et tache par le cours d'une autre passion D'étouffer la chaleur de son ambition; Car enfin, soit par haine on par antipathie, Soit pour trop estimer le prince de Lydie, C'est assez rarement qu'on la voit sans mépris Se forcer à souffrir les soins d'Anaxaris.
Mais cette même loi qui la doit faire reine Lui défend de prétendre an prince Philoxène; Et son estime en vain flatterait son désir. Si dans ses seuls sujets elle a droit de choisir.
ARAXE
Cette loi qui leur donne un si grand avantage Semble avoir jusqu'ici conservé son usage ; Mais, quoi qu'on en présume, elle asesdroits bornés Aussitôt qu'il s'agit des princes couronnés. D'une funeste guerre à peine dégagée La Phrygie en secret est encor partagée. Il est des mécontents qui déjà jusqu'au roi D'un orage nouveau semblent porter l'elTroi : Et ce qu'en sa faveur Philoxène a su faire Lui faisant voir toujours son appui nécessaire, Il a jugé peut-être en prince ambitieux.
BÉRÉNICE, ACTE I, SCÈNE IV
Qu'en partageant son frôiio il le défendrait mieux. Ainsi son sentiment qui contre nous s'explitiuc Ne doit être l'effet que de sa politique ; Et du prince sans doute il soutiendrait l'ardeur, S'il ne le destinait à l'hymen de sa sœur.
BÉRÉNICE
Ne nous thittons donc plus d'un espoir téméraire Dont la cause nous fut peut-être un peu trop chère. Cetamour dojit le prince appuieen vain les droits, Ne saurait résister au pouvoir de deux rois. L'un y trouve sa honte, et je dois tout à l'autre. A ces grands intérêts sacrifions le nôtre, Et faisons voir au moins, en bravant leur rigueur. Que le trône n'a rien de plus haut que mon cœur. Toutcequejedemande, etqu'ilfaut quej'obtienne, C'est que votre vertu s'accommode à la mienne. Et que vous consentiez qu'après de si beaux nœuds Je m'obstine au refus d'écouter d'autres vœux. C'est par votre ordre seul qu'une secrète flamme Au mérite du prince ouvrit toute mon àme, Et la rendit sensible à ces impressions Que font sur les grands cœurs les belles passions. Par ce fatal arrêt d'un destin trop contraire Il en faut effacer l'aimable caractère, Il faut à sa malice immoler un beau feu, Il faut reprendre uncœurdouné par votre aveu. Il le faut, j'y consens; mais à quoi qu'il s'apprête. Ce cœur garde toujours l'orgueil de sa conquête; Et dans cette fierté qui l'ose accompagner. Auprès de ce qu'il perd voit tout à dédaigner.
ARAXE
0 nobles sentiments d'une âme peu commune. Qui même en lui cédant sait braver la fortune ! Quoi que pour ta vertu le ciel veuille ordonner, C'est le moins qu'il lui doit que de la couronner. Il t'en répond par moi, suis l'amour qui t'engage. Quoi qu'il puisse arriver, le trône est ton partage; Ci'ois-en ce noble orgueil qui pouvant tout sur toi, N'a pu se relâcher que pour le fils d'un roi. Le prince est généreux, continue, espère, aime, Je connais mieux ton sang que tu ne fais toi-même. J'en vois jusqu'à la source, et j'y sais pénétrer Ce' qu'à tes yeux le ciel refuse de montrer.