‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 487 sur 1518 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LE ROI, PHILOXÈNE, PHILOCLÉE, ANAXARIS, HÉSIONE.

LE ROI

Hé bien, ne trouvez-vous aucun lieu de douter De ce qu'à Cléophis vous oyez imputer?

PHILOXÈNE

Seigneur, le ciel est juste, et je dois sans murmure Abandonner un rang que m'acquiert l'imposture; Tout ce que je rappelle en mon esprit confus, Ne m'en fait que mieux voir le criminel abus. Ces tendres sentiments dont le roi, dont la reine N'ont jamais honoré le triste Philoxène, Au prince Aicidamas accordés tant de fois. Étaient de la nature une secrète voix; Et dans ce que pour moi Cléophis a su faire. Je vois paraître enfin toute l'ardeur d'un père. Qui, prenant sur mon cœur un empire permis. Le presse de se rendre, et lui demande un fils.

LE BOI

Que je vous tiens heureux dan s ce malheur extrême. De vous pouvoir si bien répondre de vous-même, Que sans peine on vous voie, en de si rudes coups, t^ontraindrc votre sort à dépendre de vous!

PHILOXÈNE

Quoi, par l'accablement d'une àmc lâche et basse, L'on me verrait, seigneur, mériter ma disgrâce, Et cédant au revers qui désabuse un roi, J'aiderais au destin à triompher de moi? Non, non, à quelque excès que son caprice monte, H m'ôte un rang bien haut, mais je le perds sans Et cet abaissement arrivé par hasard, [honte; N'est qu'une faible injure où je n'ai point de part. Qu'avons-nous mérité lorsque le ciel nous donne, Par le seul droit du sang, l'espoir d'une couronne, Et que ce privilège autorisé des dieux, Nous place dans un trône où furent nos a'ieux? Comme ce n'est l'effet que d'un bonheur insigne, Lachuleenestsanstacheà qui n'en est pointdigne; Et le ciel ne peut rien qui nous force à rougir. Quand notre lâcheté ne le fait point agir. Le roi de son erreur voit la preuve certaine : Pour n'être plus son fils, suis-je moins Philoxène, Et le dehors, sujet aux derniers accidents. Peut-il mêlei- quelque ombre à l'éclat du dedans? Si toujours la grandeur et d'âme et de courage Fut d'un illustre sang le précieux partage, C'est beaucoup d'avoir su la posséder au point D'avoir été cru prince, et de ne l'être point. Au moins ai-jcce bien, qu'il m'est permis de croire Qu'à ma seule vertu je dois toute ma gloire, El qu'à lui consacrer et mes soins et mes jours. Mon cœur n'avait besoin d'aucun autre secours.

PHILOCLÉE.

Ainsi sur vous le sort exerce en vain sa haine.

LE ROI

Demeurez donc toujours ce même Philoxène, Et de nos factieux poussant l'audace à bout, .Vlteudez tout d'un roi qui veut vous devoir tout. Prenez auprès du trône une si haute place. Que l'envie...

PHILOXÈNE

Ah ! Seigneur, épargnez-moi, de grâce; Et songez que ce n'est que d'un cœur abattu Qu'on doit par ces motifs exciter la vertu. Si j'ose toutefois, en faveur de ma flamme, Permettre à mes désirs de vous ouvrir mon âme, Je vous demanderai que pour donner sa foi, Bérénice à son choix ait l'aveu de son roi. Et que ne s'engageant par respect ni par crainte) | Son cœur puisse aujourd'hui s'expliquer sans con- ANAXARis. [trainle^

Seigneur, si mon espoir fait l'obstacle du sien, Je cède sans murmure, et ne demande rien.

LE ROI

Quand le sort vous trahit, le ciel vous estpropic Un rival généreux vous cède Bérénice;

berémcl;, acte m, scène i.

Et puisque la Lydie abandonne à vos vœux [rcux, La poursuite d'un bien qui vous peut rendre heu- S'ii vous est cncor ciier, je veux, sans plus atten- Que l'hymen... [dre,

l'HlLOXÈ.NE.

Ah ! C'est plus queje n'ose prétendre; Et je n'ai point, seigneur, assez de lâcheté Pour vouloir abuser de votre autorité.

A quoi qu'en ma faveur votre bonté s'engage, 11 faut à Bérénice en faire un pur hommage. Sou(l're/.-le-moi, seigneur, et qu'un luessant devoir De ma flamme à ses pieds aille mettre l'espoir : Aussi bien ma vertu, quelque effort qu'elle fasse. Ne peut se dérobera toute ma disgrâce, S'il est vrai que l'amour n'ait laissé voir en moi Que le trompeur éclat qui suit le fils d'un roi.

Page 1