‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 497 sur 1518 · SCÈNE III PHILOXÈNE, BÉRÉNICE, CLYTIE · texte numérisé non relu

SCÈNE III PHILOXÈNE, BÉRÉNICE, CLYTIE

PHILOXÈNE

Quoique le ciel s'efforce à troubler ma constance, Madame, avant qu'ici je rompe le silence. Souffrez que dans vos yeux je tâche à remarquer Comment avecque vous je me dois expliquer. Dans l'excès surprenantdu bien qu'il vous envoie, Faul-il vous témoigner ma douleur ou ma joie? Si sur moi l'une et l'autre agit également, L'une et l'autre, peut-être, est digne d'un amant. Pardonnez-moi ce nom, dont l'indiscrète audace, Pour forcer mon respect, se sert de ma disgrâce, Et lui fait présumer qu'elle se doit souffrir A qui pour tout espoir n'aspire qu'à mourir.

BÉRÉNICE

Ce n'est donc pas assez de l'ennui qui me presse ? Vous voulez triompher encor de ma faiblesse, Et voir de mon devoir les efforts impuissants Abandonner mon âme au trouble de mes sens. Hé bien, pour vous souffrir ce funeste avantage, J'avouerai que le sort en m'élevant m'outrage. Et qu'à quoi que m'oblige un si grand changement, Philoxène à mon cœur plaira toujours amant.

PHILOXÈXi;.

Ah! Si ce cœur consent à l'aveu que vous faites, Il est mal informé de tout ce que vous êtes; Et sa tendresse encor l'intéressant pour moi, Oppose Bérénice à la fille du roi.

Mais, quand jaloux du rang où le ciel vous fit naître. Il aura bien compris ce qu'il commence d'être, Et que se connaissant il se verra contraint De rejeter l'ardeur dont il s'avoue atteint. Plus à l'en dégager vous trouverez de peine, Plus d'un œil indigné vous verrez Philoxène, Et vengerez sur lui par un juste courroux L'attentat innocent qu'il aura fait sur vous.

BÉBÉNICE.

Moi, je voudrais éteindre une si pure flamme?

La bannir de mon cœur?

PHU.OXKXK.

Vous le devez, madame, lit, parce grand triomphe, aujourd'hui témoigner Que qui se vainc soi-même est digne de régner.

BÉBKNICE.

Ta vcrlu te séduit; mais, quoi qu'elle ose croire, La pourrais-tu souffrir celle injuste victoire; Et, quel qu'eu soit l'éclat, s'il m'y faut aspirer, Dois-tu m'en avcriirquand je veux l'ignorer? .

rnii.uxHNE.

Votre foi par Araxe â mes vœux engagée, Cnuibat pour moi sansdoute, et voustient partagée; Ma i>, comme un sort nouveau veul un cœur différent. Mon amour la reçut, mon respect vous la rend.

BÉnÉNICE.

Si pour y renoncer la force est assez grande. Attends du moins, cruel, que je te le demande; El te voyant du ciel injustement trahi, Mérite d'être plaint, et non d'être haï.

piui.oxi;Ni:.

Quoi qu'il veuille ordonner pour augmenter ma Je doute si je puis mériter votre haine; [peine. Mais enfin je sais trop qu'après ce triste jour C'est un crime pour moi de garder votre amour.

BÉRÉNICE

Quoi, faul-il que jecroie une indigne apparence? Veux-tu cesser d'aimer quand tu perds l'espérance; El, par un sentiment trop éloigné du mien. Ton amour tremble-t-il à ne prétendre rien? Soutiens plus noblement le revers qui l'accable, Demeure infortuné sans te rendre coupable. Le destin a pour toi la dernière rigueur. Mais ce n'est pas assez pour retirer ton cœur ; Et le manque d'espoir qui rend ta flamme à plaindre, Ne te donne pas droit de chercher à l'éteindre. Si d'abord en m'aimant lu parus généreux. Ose m'aimer encor pour vivre malheureux. Cette double disgrâce à qui ta raison cède, Ne trouve dans la mort qu'un indigne remède; N'en cherche point la honte, et, loin d'y recourir, Tâche à me disputer la gloire de souffrir. La victoire en ce point doit sur toi m'ètre acquise. Que la plainte à tes maux sera du moins permise, Et qu'un cruel devoir conlraignant mes désirs, Me va faire en secret dévorer mes soupirs.

PHILOXÈNE

Ah! Madame, c'est trop; ma douleur est forcée De vous laisser paraître une âme intéressée. Qui, pressant sur la vôtre un rigoureux effort. Ne vous le conseillait que pour hâter ma mort. Oui, j'avais beau vouloir me montrer insensible, Si vous m'eussiez pu croire elle était infaillible. Et par sa pronii)titude elle m'eût délivré De l'affreux désespoir d'avoir trop espéré. Hélas, à quels malheurs ma fortune est en butte! Vous ne vous élevez qu'au moment de ma chute. Princesse un peu plus tôt,princesse un peu plus tard J'étais heureux sans crime, encor que par hasard.

BÉRÉNICE, ACTE lY, SCÈNE V,

Le sort, pour vous placer où vous n'osiez prétendre, Choisit l'instant fatal qui me force à descendre; Après vingt ans de haine il calme son courroux, Vous en étiez indigne, et je le suis de vous.

BBRiiNir.E. [Irage,

Au moins, en te plaignant, ne me fais point d'ou- Jc change de fortune, et non pas do courage; Et tu ne saurais être, en ce commun malheur. Digne de mes soupirs sans l'être de mon cœur.

l'HiLûxÊNE. [endure,

Ah, qu'ils sont doux au mien, quelques maux qu'il Ces précieux témoins d'une ardeur toute pure! Mais, las ! puis-je sans crime en goûter les appas'? Je me vois malheureux si vous ne l'êtes pas; Et tel est le destin qui nous perd l'un et l'autre, Que mon plus grand bonheur est de trou hier le vôtre.

DÉItÉNICE.

Sois sûr, si mes ennuis soulagent ton malheur, Que mon dernier soupir marquera ma douleur. Je sais qu'après deux ans d'un aveugle service, Borner là ton espoir c'est peu pour Bérénice; Mais, à jeter les yeux sur ce que je me doi. C'est peut-être beaucoup pour la fille d'un roi.

PHII.OXÉNE.

0 constance! 0 vertu i(ui plus elle redouble...

BÉHÉNICE.

Aux yeux d'Aiiaxaris il faut cacher mon trouble. Adieu. Souffre, aime, et crois qu'en un si beau des- Moncœurte venge assezdurel'usdemamain. [sein,

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