‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 499 sur 1518 · SCENE VI PHILOCLÉE, ANAXARIS. IPHITE, HÉSIONE · texte numérisé non relu

SCENE VI PHILOCLÉE, ANAXARIS. IPHITE, HÉSIONE

PHILOCLÉE.

Sans doute vous avez appris de Philoxène Oue du ciel, à mon lour, je vais sentir la haine ; 11 vient de vous quitter; et ce profond chagrin Semble de ma disgrâce accuser le destin.

ANAXARIS.

Quoi, madame, il est vrai que son lâche caprice Vous éloignant du trône y place Bérénice?

PHILOCLÉE.

C'est par l'ordre du roi qu'Arase m'a fait voir Que je ne puis sans crime en conserver l'espoir. Hé bien, puisqu'il le faut, cédons une couronne. 11 semble qu'à ce mot ton courage s'élonne, Il s'émeut, il chancelle, et se laisse accabler D'un coup dont ma vertu dédaigne de trembler. A ce désordre obscur dérobe enfin ton âme, Et fais paraître...

ANAXARIS.

Hélas! Je suis amant, madame; Et qui de mou amour concevrait le tourment. Ne s'étonnerait pas de cet accablement.

PHILOCLÉE.

L'amour n'aurait pour toi qu'une honteuse flamme, Si sous les coups du sort il abaissait ton âme, De sa seule disgrâce il se doit alarmer; Et c'est être suspect que vouloir trop aimer.

ANAXARIS.

Juste ciel! Je verrai dans mon amour extrême, Qu'un indigne revers vous ôte un diadème, Et quand de mon devoir l'amour sait m'avertir. J'aurai la lâcheté d'y pouvoir consentir?

PHILOCLÉE.

Et par où prélends-tu repousser la tempête? Employerai-je ton bras pour couronner ma tête? Et veux-tu qu'essayant un rebelle attentat. Plutôt que de céder j'expose tout l'État?

ANAXARIS.

Ah ! Madame, épargnez ce soupçon à ma gloire, La maxime est injuste, et la tache trop noire. Mais vous voir accepter un changement si prompt, Sans reprocher aux dieux l'outrage qu'ils vous

PHILOCLÉE. [font...

I Le noble emportement que m'inspire ton zèle! Je fais voir un cœur bas si je ne les querelle, Et je trahis ma gloire â n'oser mériter La chute où leur rigueur me veut précipiter! S'il est vrai que pour moi ton amour s'intéresse, Aie assez de vertu pour suivre ma faiblesse; Et, pour bien signaler ta générosité, Elèves-en l'effort jusqu'à ma lâchelé :

Alors tu connaîtras qu'un cœur qui se possède, Des plus rudes malheurs porte en soi le remède. Et que d'un fier destin l'implacable courroux Jamais, sans notre aveu, ne triomphe de nous.

ANAXARIS.

J'aurais ces sentiments dans ma propre disgrâce. Mais l'amour...

PHILOCLÉE.

Cet amour un peu trop t'embarrasse; Mais je t'estime assez pour forcer mon devoir A ne rien croire cncor de ce qu'il me fait voir. Tu m'as offert des vœux, le roi les autorise, A toute leur attente il me veut voir soumise. Incapable d'aimer ainsi que de ha'îr.

Le temps me fera voir si j'ai lieu d'obéir. C'est ce qui me console en perdant la couronne, Qu'il faut qu'à ce qu'elle est ton âme s'abandonne. Et que de faux respects ne sauraient pins cacher Qui du trône ou de moi l'a su le plus toucher. Adieu. Cédant au ciel qui veut que je m'abaisse. Je vais de mon hommage assurer la princesse. C'est à toi déjuger si, quoique sœur de roi, .\près ces lâchetés, je suis digne de toi.

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