SCÈNE I BÉRÉNICE, CLYTIE
BÉRÉNICE
En vain tu veux douter qu'on puisse avec justice Imputer ce tumulte à sou lâche artifice. Et que, par de faux bruits aj'ant su l'exciter. Il n'en fasse un essai de ce qu'il peut tenter. C'est au trône, par là, que son orgueil aspire ; Le peuple avecque lui dans ce dessein conspire; Et, loin que de soi-même il eût rien entrepris. Vois, pour se mulinei'; quel prétexte il a pris. Il se plaint que du roi l'âme trop aveuglée Au choix d'.\naxaris n'a porté Philoclée, Qu'après qu'il a connu que c'était l'éloigner D'un trône que moi seule avais droit de donner. Et qu'au mépris des lois, dont la rigueur le gène. Il veut, quoiqu'étranger, y placer Philoxène. Crois-tu qu'il embrassât ce murmure indiscret, A moins qu'Anaxaris l'appuyât en secret? Son ordre seul, sans doute, en l'ail les impostures.
CLVTIE.
C'est pousser un peu loin desimpies conjectures; Car qut; prétendrait-il ?
BÉRÉNICE
Montrer que malgré soi On le force de rompre avec la sœur du roi, En accuser le peuple, et sur sa violence De son ambition rejeter l'insolence.
CLYTIE
Mais, madame, sur quoi ce soupçon odieux Qui vous le peint d'accord avec les factieux? Silôt que du tumulte on a su la nouvelle. Quel autre à l'étouffer a marqué plus de zèle? Il en a pour le roi fait voir de prompts effets, Faisant suivre soudain la garde du palais; Et sans lui, nous dit-on, qui va de place en place, Le roi de ces mutins verrait croître l'audace. Il semble que lui seul attire leur respect.
REREMCE.
C'est par cette raison qu'il m'est le plus suspect. Sans s'en montrer complice, il veut voir quelle at- Dii peuple sur le roi pourra porter la plainte; [teinte El, s'il l'en voit ému, soudain, à haute voix. Par un second lumnlle il briguera mon choix : Mais, avant qu'à souffrir un lâche et vil hommage, Ou le temps, ou la force abaissent mon courage, Tout ce que peut du ciel le plus âpre courroux...
r.LYTIE.
Ne vous emportez pas, madame, il vient à vous.