‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 502 sur 1518 · SCÈNE II BÉRÉNICE, ANAXARIS, IPHITE, CLYTIE · texte numérisé non relu

SCÈNE II BÉRÉNICE, ANAXARIS, IPHITE, CLYTIE

BÉRÉNICE

Quoi, venir sans le roi?

N'en soj'ez pas en peine.

Il donne encor quelque ordre avecque Philoxène. Cependant tout est calme; et, l'orage cessé. Pour vous en avertir je me suis avancé.

BÉRÉNICE

Sans doute à votre zèle on doit ce grand ouvrage?

ANAXARIS.

Madame, j'ai lâché de faire davantage;

El si pour moi le peuple eût dompté son courroux,

Philoxène aujourd'hui serait digne devons.

Vingt foisj'ai faitou'i'r qu'on ne pouvait sans crime

Défendre à son amour un espoir légitime,

El qu'il était permis de violer nos lois

En faveur des héros, aussi bien que des rois;

Mais des raisons d'État font que chacun s'obstine.

L'hymen d'un étranger en ferait la ruine.

Et l'indignation ferait armer soudain.

Tous ceux que peut flatter l'espoir de votre main.

BÉRÉNICE

Cet effort est l'effet d'une vertu sublime.

ANAXARIS.

Il semble assez payé puisqu'il a votre estime; Mais c'est peu que pour vous il paraisse entrepris. Votre cœur, quoi qu'il pense, en connaît mal le prix; Et je le perds sans doute à souffrir qu'il ignore Que je sers Philoxène, et que je vous adore.

BÉRÉNICE

Moi?

ANAXARIS.

Déjà dans vos yeux je lis votre courroux ; Mais enfin je vous aime, et je n'aime que vous : Et peut-être, madame, après un long martyre. Il me doit être au moins permis de vous le dire. Je sais que cet aveu, malgré tout mon respect, .\ n'examiner rien, vous peut être suspect; Mais, avant qu'écouter une aveugle colère, Instruisez votre cœur de ce que j'ai su faire; El, si de mon audace il trouve à s'offenser. Voyez à quoi pour vous le mien s'est pu forcer. A vos seuls intérêts donnant toute mon âme,

BÉRÉNICli, ACTE V, SCÈNlC IV.

En vain l'appui liu roi semble assurer ma llanime, J'en détruis tout l'espoir plutôt que vous priver Du rang où Philoxône aime à vous élever. Je fais plus. Ma vertu redoutant ma faiblesse, Me contraint d'engager mes vœux à la princesse, ,\lin que de son choix m'ctant montré jaloux, Je n'ose pins iirélendi'e à m'exiJJiquer pour vous. Aujourdliui par l'hymen votre bonheur s'assure ; Vous l'avez souhailé, je le vois sans murmure. Notre sort tout à coup avec éclat changé, Me fait voir de sa foi votre amour dégagé : Loin d'en flatterie mien contre un parti rebelle, Je cours de Philoxône embrasser la querelle. Et pour le rendre heureux, par un cruel effort. Je travaille moi-même à l'arrêt de ma mort, lli'las! Pourriez-vons bien, après tantdeconlrainlc, D'un amour si soumis désapprouver la plainte? EI,i|noiqu'il vous surprenne, est-ce un crime à mon De n'avoir plus d'obstacle et d'espérer un peu'? [feu

BÉRÉNICE

J'ai gardé le silence, et je m'y suis forcée. Pour voir où tu portais une ardeur insensée. Et pénétrer l'orgueil qui tâche à t'élever Où la fausse vertu ne saurait arriver.

Donc, rendre à ton amour la princesse propice. C'était de ton repos me faire un sacrifice; El tu donnais ton cœur de peur que malgré toi 11 n'osât me déplaire en s'échappant vers moi. Tu voulus par maxime agir contre toi-même; Certes l'exemple est rare, et le respect extrême ; Et j'en tiendrais i'elTort digne d'être admiré, Si l'intérêt du trône en était sépai'é : Mais vers nous, tour à tour, son seul éclat t'appelle, Tu le cherches en moi quand il n'est plus en elle. Quoi que tu puisses dire, un véritable amant Quand son amour est pur, jamais ne se dément; S'il voit qu'à s'expliquer ses vœux puissent déplaire. Sans les porter ailleurs, il les force à se taire ; Et, pour charmer ses maux, c'est assez d'espérer Que du moins en mourant il pourra soupirer.

ANAXARIS.

D'un triomphe trop bas vous dédaignez la gloire; Mais si je ne vous aime...

BÉRÉNICIi.

Hé bien, je le veux croire, Et plus juste pour toi qu'on n'eût pu présumer ; Je consens même encor que tu m'oses aimer.

ANAXARIS.

Ahl Ce n'est qu'à vos pieds...

BÉRÉNICE

Ne fais point de bassesse:

L'amour dans les grands cœurs, hait ces molles ten-

[dresses.

Et, quoi que sur le tien il ait pris de pouvoir, Je te donne l'exemple, ose le recevoir. J'aime : ma lâcheté serait sans doute extrême. Si je cessais jamais d'aimer autant que j'aime; Mais quand de mon devoir l'inexorable loi Dérobe à Philoxènc et mon cœur et ma foi.

Qnoi(|u'rii dt'pil du sort tontmon ciriirhii demeure, Souslellort du silence il est beau que je meure, Plutôt que mon amour, dans ce cœur renfermé, Lui laisse découvrir qu'il soit encore aimé. Voilà les sentiments que la gloire m'inspire, Prcnds-hîs pour régleaux liens, aimcsans en rien Et tandis(|n'en secreljesaurai soupirer, [dire; Si j'ai part dans tes vœux, laisse-moi l'ignorer: La contrainle pour toi sera d'autant moins rude. Que déjà ton amour en a pris l'habitude. Et qu'à taire sa llamme un cœur accoutumé. Peut renoncer sans peine à l'espoir d'être aimé.

ANAXARIS.

J'y renonçais pour vous, quand l'heureux Philoxêne D'un légitime espoir pouvait flatter sa peine; Mais, pnisqn'indigne enfin d'un bien qu'il doit quit- BÉRÉNicE. [ter...

Et par où mieux que lui crois-tu le mériter? Est-ce par ton orgueil dont je bais la maxime? Est-ce par ton amour dont je connais le crime? Est-ce enfin parles nomsque tu prends hautement, D'ambitieux sujet, et d'infidèle amant?

Règle mieux un transport indigne de paraître. Si tu me connais mal, tache de le connaître ; Et sans trop espérer de l'appui de ton roi. Vois encor quelque espace entre le trône et toi.

ANAXARIS.

Ah! Madame, c'est trop...

Oui, c'est trop te contraindre:

Ne pouvant être aimé, cherche à te faire craindre; Dis que par toi l'État se laissant gouverner. Tu demandes un bien que tu te peux donner ; Dis que le roi lui-même, approuvant ton audace. M'exclura de ce trône, ou t'y donnera place. Mon cœurde tonpouvoirconcevrait quelque effroi. S'il t'estimait assez pour rien craindre de loi.

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