‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 576 sur 1518 · SCÈNE I THERMANTIE, EUCHÉRIUS · texte numérisé non relu

SCÈNE I THERMANTIE, EUCHÉRIUS

THER.MANTIE.

Oui, j'ai parlé, mon frère, et pour toucher son àme, Dans le plus vif excès j'ai porté votre flamme. J'ai peint de ses transports le confus désespoir. J'ai de l'empereur même expliqué le pouvoir, Et contre les dédains dont vous soufTrez l'outrage, Fait agir tout l'empire où son ordre m'engage; Mais d'un appui si fort la pleine autorité A semblé moins fléchir qu'accroître sa fierté, Plus j'en ai cru par là voir l'ardeur refroidie. Plus dans son arrogance elle s'est applaudie; Et mon zèle pour vous n'a fait que confirmer L'injurieux orgueil qui l'empêche d'aimer.

EUCHÉBIL'S.

Jugez mieux d'un mépris dont le soi't est complice, 11 détruit mon espoir, mais il lui rend justice. Dans le chemin du trône à sa naissance ouvert, Placidie à son rang doit l'orgueil qui me perd; Et de mon sang au sien l'union inégale Ne lui saurait souffrir un choix qui la ravale. Fille de Théodose, et sœur d'Honorius, Sa gloire est attachée à ses justes refus. S'ils ont pour mon amour une rigueur insigne, La faute en est au ciel qui m'en fit naître indigne; Et quelques rudes maux qu'il m'en faille sentir, Je puis en soupirer, mais je dois consentir.

THEli.MANTIE.

Quoi, vous consentirez qu'un traitement si rude Assure un plein triomphe à son ingratitude, Et que de vos soupirs l'hommage rejeté Par trop de déférence enfle sa vanité?

Non, non, mou frère, non, c'est trop faire l'esclave, Il est temps de braver la fierté qui vous brave. Montrez sous ses dédains un cœur moins abattu; Elle a de la naissance, et vous de la vertu ; El de quoi que la flatte un peu trop d'arrogance. Un seul degré peut-être eu fait la différence. 'Votre destin du sien peut-il mieux s'approcher? Elle naquit au trône où je vous fais toucher;

Le fils de Stilicon la ferait peu descendre. Après que l'empereur s'est fait deux fois son geii- Et tout autre que vous semontrcrait plus vain [drc; Du rang d'impératrice où m'élève sa main. D'un titre si brillant soutenez mieux la gloire, Le plus faible combat vous ofl're la victoire; El vengeant par l'oubli votre amour négligé, Brisez les fers honteux dont vous êtes chargé.

EUCHÉRIUS.

Ah! madame, je sais qu'en de si rudes peines C'est parle seul oubli qu'on peut rompre ses chaînes. Mais lorsqu'un vrai mérite en a formé les nœuds, Un cœur n'est pas longtemps le maitre de ses vœux. De l'éclat de son choix l'àme préoccupée [pée, S'offre sans cesse aux traits qui d'abord l'ont frap- Et par sa complaisance à nourrir son erreur, Ouvre aux sens une voix à séduire ce cœur. Comme par la raison leur rapport s'autorise, D'une aimable imposture il aime la surprise, El d'un trouble inquiet goûtant le faux appas. Cède à mille transports qu'il n'examine pas. C'est par là qu'à soi-même il se rend infidèle ; Et, quand à la révolte un fier mépris l'appelle, En vain à son secours on tâche d'animer Cette même raison qui lui permit d'aimer. Cequ'elle eut de pouvoir pour flatter son martyre Se trouve assujetti sous un plus fort empire, El l'amour qu'elle crut toujours accompagner Se montre le tyran de qui le fit régner; De SCS llammes alors on a beau fuir l'amorce, On aima par surprise, il faut aimer par force. Et, quoi que l'on en souffre, abandonner sesjours A la nécessité de soupirer toujours.

THEIIMAÎITIR.

Je connais quel espoir à souffrir vous engage; Houorius pour vous doit tout mettre en usage; Mais si ce grand secours par moi déjà tenté. N'a pu de la princesse étonner la fierté, Qu'espérez-vous que fasse une attaque nouvelle, Que l'aigrir contre vous, et l'empereur contre elle? D'un volontaire choix l'amour aime à s'offrir; Et, s'il règne par force, il n'en saurait souffrir.

EUCHÉRIUS.

Aussi, ne croyez pas que le mien, quoiqu'extrême, Voulût pour triompher employer que soi-même, Et que faisant agir un pouvoir souverain.

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