‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 581 sur 1518 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

HO.NORIUS, PLACIDIE.

Hoxùnius.

Ma sœur, jusques ici j'ai voulu me défendre Des sentiments d'aigreur que vous me faites pren- Etvu, sans éclater, qu'un indigoemépris [dre, Des soins d'Eucliérius ait été le seul prix. Vous pouviez ignorer que dans cette entreprise Par un appui secret mon aveu l'autorise. Que lui seul de sa flamme a fait naître l'espoir. Mais enfiu aujourd'hui qu'on vous l'a fait savoir. Je ne saurais souffrir qu'un refus téméraire Repousse avec audace un choix qui m'a su plaire; Et, comme en le bravant, c'est moi que vous bravez. J'apprends de votre orgueil ce que vous me devez. S'il soutient trop en vous la dignité suprême. Il expose à mes yeux les droits du diadème, Et me force de voir que rien ne doit borner Les ordres absolus que je vous puis donner; Que, quoiqu'un même sang nous ait tous deux fait

[naître, Qui ne parle qu'en frère, a droit d'agir eu maître. Et que le rang auguste où je nie vois monté. Pour régler mes projets n'a que ma volonté.

PLACIDIE

Je sais ce qu'entre nous, quoiqu'égaux de naissauce, L'avantage du trône a mis de dillérencc ; Et je ne puis lui rendre un hommage plus grand Que d'asservir mon cœur aux respects qu'il vous

[rend.

Mais, seigneur, s'ilest vrai que l'amouret lahaine D'un aveugle penchant soient la suite certaine. Ces mouvements secrets qui naissent malgré nous Sont des droits dont sans crime il peut être jaloux; Comme votre aveu seul les doit laisser paraître. Votre ordre ne peut rien pour les y faire naître; Et ce cœur dont on cherche à confondre l'espoir, S'il ne se donne pas, a peine à se devoir.

HOXOIUUS.

Qu'a l'ait d'Eucherius la passion extrême.

Que de presser ce cœur de se donner soi-même ;

Et si de cet espoir il pouvait se flatter.

Quels plus profonds respects l'auraient pu mériter?

Vousl'avezvucent fois dans l'ardeur qui l'engage

De sa flamme à vos pieds porter le pur hommage, Et n'opposer jamais à vos cruels refus. Qu'une plainte étoufl'ée, ou des soupirs confus.

PLACIDIE

S'il n'avait que mon cœur à son espoir contraire. Il pourrait ohli.'iiir le don que j'en puis faire; Mais ce cœur qu'en secret le vrai mérite émeut. Ne s'ose pas toujours permctti'e ce ([u'il veut. Quelque doux sentiment qui tâche à le surprendre, 11 consulte ma gloire avant que de se rendre ; Et, quand son intérêt l'oblige à l'étoulfer, 11 la respecte assez pour n'en pas triompher.

HOXORIUS.

De votre gloire en vain le charme vous abuse, Votre cœur fait le crime, elle prête l'excuse; L'éclat qu'elle en allend, et qu'il craiut de trahir, Se hasarde-t-il moins à me désobéir?

Quoi que danscet hymen vouscrussiez voir de lâche, L'aveu que je lui donne en purgerait la tache; Et pour un bon sujet qui respecte les dieux, L'ordre du souverain est toujours glorieux. Maissnriiuelplusbeauchoixauriez-vouspnmecroi- Jamaisplusde vertu nesoulintplusde gloire, [re? Stilicon que toujours ont craint nos ennemis, Se verrait sans égal s'il n'avait point de fils, De mille exploits fameux le superbe avantage Entouslieuxàl'envi fait briller leur courage. Est-ce pour mériter vos indignes refus?

J'eslime Stilicon, j'estime Euchérius,

J'estime en tous les deux la vertu qu'on m'oppose;

Mais j'estime encor plus le sang de Théodose,

Et périrais plutôt qu'on me vit consentir

Au moindre abaissement qui put le démentir.

HO.NORIUS.

Je l'ai donc démenti, quand épousant sa fille J'ai mis par cet hymen le trône en sa famille. Et l'orgueil qui vous fait dédaigner un beau feu Est de ma lâcheté le secret désaveu?

PLACIDIE

A qui que votre choix se fut rendu propice. Vous eussiez pu, seigneur, faire une impératrice. Mais si d'Eucherius j'ose flatter l'erreur. Le faisant mon époux, en fais-jeun empereur? Aux honneurs de sa sœur il n'a rien à prétendre, Vous la faites monter quand il me fait descendre ; El d'un auguste hymen le dilTerent appui. L'élevant jusqu'à vous, m'abaisse jusqu'àlui.

HOXORIUS.

Si l'éclat des grandeurs oii le sang vous appelle Oppose à son mérite une fierté rebelle, Je le mettrai si haut, que de moi seul jaloux, 11 baissera les yeux pour les jeter sur vous; Alors de vos mépris l'injurieux caprice. Lui vaudra la douceur de s'en faire justice. Et de voir que vos vœux à leur tour méprisés. Se flattent de l'espoir que vous lui refusez.

PLACIDIE

l'aites-le devenir ce que l'on ma vu naître,

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