‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 59 sur 1518 · LES ENGAGEMENTS DU HASARD, ACTE V, SCÈNR IH · texte numérisé non relu

LES ENGAGEMENTS DU HASARD, ACTE V, SCÈNR IH

Célic, et sa froideur m'est un lénioin fuiclc Qu'il parlait tout do bon tautôt chez Isabelle.

D. FADRIQUE.

Par mille empressements vous avez pu savoir Avec combien d'ardeur j'ai souhaité vous voir, Et que depuis le temps de notre intelligence J'ai soupiré toujours après votre présence; Mais je vous le confesse à ma confusion. Elle m'est incommode en cette occasion.

Et ce serait me faire une faveur insigne. Une me priver d'un bien dont je m'avoue indigne. Cet accueil vous surprend, il me confond aussi. Mais enfin j'ai sujet do vous parler ainsi.

HI.VIRE

Mon amour afiendail plus de reconnaissance ; Mais puisque le mépris en est la récompense, Vous n'aurez jamais lieu de vous rire de moi,

D. FABRIQUE

Telle est de mon destin l'impitoyable loi;

Aussi méritant peu l'honneur que vous me faites,

Bien loin de demander à savoir qui vous êtes...

ELVIRE

Je mourrais de regret si vous l'aviez appris.

{Bas â Célie.)

Allons. Que de douceur pour moi dans ce mépris !

n. FABRIQUE.

Enfin elle s'en va. L'importune visite.

Qu'à peine...

CLARI.N

Vous croyez trop tôt en être quitte, Elle revient.

ELVIRE

Hélas!

D. FADRIQUE.

Madame, qu'avez-vous?

ELVIRE

Que le ciel contre moi témoigne de courroux! Un ami vous vient voir, et je serais perdue S'il fallait par malheur que j'en fusse connue : Qu'on l'arrête un moment.

D. FABRIQUE

Va, cours vile, Clarin, Ce sera don Félix.

ELVIRE

0 rigoureux destin !

Entrons ici.

{Elle va à la pnrte du cabinet où Isabelle s'est enfermée.) B. FABRIQUE, l'arrêtant.

Sachez...

ELVIRE, ayant emrevu Isabelle qui lui ferme la porte.

Mais, dieux, quelle surprise !

Que ne me disiez-vous que la place était prise ?

D. FABRIQUE

Madame...

ELVIRE

Et c'est de là que partaient vos mépris? [Bas.) Donc le traître d'une autre est en effet épris ? L'ingrat !

n. FABRIQUE.

Une autre fois vous en saurez la cause.

ELVIRE

Ce cavalier me gêne, et non pas autre chose; Donnez ordre surtout qu'il ne me puisse voir, Et dans une autre chambre allez le recevoir.

B. FABRIQUE

Il entre en celle-ci; je ne le puis, madame.

ELVIRE, « Cilié qui est de l'autre cûlé.

Cache-toi bien, Célie. \h, dedouleurje pâme! Et je crois déjà voir l'heure de mon trépas.

CÉLIE

Ilvautmieuxm'échapper, puisqu'on ncmevoit pas. SCÈxNE m

D. FADRIQUE, D. CÉS.\R, ELVIRE, ta coiffe abattue, CLARIN.

n. CÉSAR.

Ami, le ciel enfin à mes vœux favorable Met en votre pouvoir le bien d'un misérable. Vous pouvez tout pour moi.

ELVIRE, bus.

Voici ce que je crains.

n. CÉSAR.

Mon repos, mon honneur, ma vie est en vos mains.

ELVIRE, bas.

Il me cherche. 0 malheur!

D. FABRIQUE, bas.

Surprenante disgrâce !

Quandj'attends don Félix, donCésarprend sa place.

D. CÉSAR

Ce silence m'étonne, et me fait trop juger Qu'en vain dans mon parti je crois vous engager : Mais celle que je cherche étant ici venue, Vous ne sauriez du moins m'en refuser la vue. Et je n'en doute point, c'est elle queje voi. Puisqu'elle tâche ainsi de se cacher de moi.

n. FABRIQUE.

On vous a mal instruit, don César, cette dame...

B. CÉSAR

Souffrez que j'aille seul lui parler de ma flamme.

ELVIRE, bas, se retirant.

Cette cruelle approche est le coup de ma mort.

B. CÉSAR, à Elvire.

Ne fuyez point ainsi, madame, à mon abord : Que craignez-vous de moi, qui n'ai point d'autre Que de vous secourir au péril de ma vie? [envie

ELVIRE, bas.

Me prend-il pour un autre, ou s'il veut seulement Augmenter en raillant mon juste châtiment?

B. CÉSAR

Je ne viens point ici vous parler de la peine [ne. Que souffre un malheureux que poursuit votre hai- Je viens pour conserver votre honneuretvosjours, Non que j'aspire à rien par ce faible secours :

LES EiNGAGlîMENTS DU HASARD, ACTI': V, SCÈNE IV.

Assez de men respect mes devoirs vous instruisent, Qu'un autre ait les faveurs, les mépris me suffisent.

ELVIltE.

MoQ frère mon amant! (Jui l'aurait soupçonné? 0 sort, ù triste sort à ma perte obstiné !

D. FADRIOUE.

L'avis doit être faux qui chez moi vous amène; Et son silence en est une preuve certaine, [souci, Quelqu'un s'est plu sans doute à vous mettre en Puisqu'on vain vous cherchez votre maîtresse ici. Vous savez que jamais je ne vis Isabelle, Et cette dame enfin que vous prenez pour elle, Est l'objet inconnu qui seul fait mon destin. Et dont vous avez su l'histoire ce matin. Jugez en vous oyant, avec quelle contrainte D'une erreur imprévue elle souffre l'atteinte. Sans plus vous obstiner, don César, trouvez bon Que seul je la dispose à m'apprendre son nom, C'est un bien oij mon cœur depuis longtemps aspire.

ELVIRE, bas.

11 vient pour Isabelle, à la fin je respire.

D. CÉS.\R

Don Fadrique, est-ce ainsi que l'on sert ses amis.

D. F.iDRIQUE.

De quoi vous plaignez-vous? Que vous ai-je promis?

D. CÉSAR

Ah, je ne sais que trop de quoi je me dois plaindre! Pour moi dans votre esprit don Félix esta craindre. C'était votre ennemi, mais le ciel en courroux Veut que pour mou malheur il puisse tout sur vous: Ainsi, loin de souffrir que je serve Isabelle...

D. FABRIQUE

Jene puis rien pour vous, puisque ce n'est point Et quand ce serait elle, il faudrait aviser [elle ; Qui des deux je devrais plu lot favoriser : L'honneur de son éclat à soi-même comptable. Rend souvent à l'ami l'ennemi préférable.

D. CIÎSAB.

Dites que mou rival doit m'ètre préféré, Mais ne contestez plus sur un point assuré : C'est elle, je le sais de la suivante même. Qui l'a laissée ici.

D. FADRIQUE.

L'avis est stratagème; Croyez-moi, l'on vous trompe.

Hé bien oui, je le croi ; Mais daignez faire aussi quelque chose pour moi. Pour n'avoir désormais aucun scrupule en l'âme. Et sauver mon honneur de ce reproche infâme Que sans la secourir j'ai pu la rencontrer. Si cette darne enfin ne se veut point montrer. Quoique ce procédé sensiblement me touche, Que je reçoive au moins mon congé par sa bouche. Qu'elle me dise un mot, et je m'en vais content.

D. FADRIQUE, bas O Elvirf.

Son départ à tous doux, madame, est important. Et je ne vous dis point tout ce que j'appréhende

Si vous lui refusez la grâce qu'il demande. Tirez-moi do la peine et du trouble où je suis, Vous le pouvez d'un mot.

ELVIRE bas, levant an coiffe.

Voyez si je le puis.

D. FADRIQUE.

Juste ciel, qu'ai-jevu ! Que ma surprise est grande?

Page 1