SCÈNE III PL.\C1DIE, STILICOxN, LUCILE
LUCILE
Ah, madame!
PLACIDIE
Lucile, Qu'est-il arrivé? Parle.
LUCILi:.
Il n'en faut plus douter, L'ingrat Euchérius...
STII.IOOX.
Hé bien"?
LUCILE
Ose attenter.
PLACIUIE.
Que dis-tu'.'
LUCILE
Que pour lui de lâches parricides Du sang d'Honorius insolemment avides, Ont enfin achevé le funeste attentat, Qui sous les lois d'un traître assujettit l'État.
STILICON
0 crime! 0 perfidie, à qui tout autre cède! Apprenez-nous le mal pour songer au remède, Peut-être...
LUCILE
■Vos efforts y seront superflus.
STILICOX.
Le coujiable triomphe, et l'empereur n'est plus.
PLACIDIE
11 est mort'?
LUCILE
Apprenez par ce que j'ai vu faire, Si la raison encor peut souffrir (|u'on espère.
STILICON
L'empereur serait mort? Achève promptemcut. Qu'as-tu vu?
LUCILE
Je passais par son appartement, Lorsque sur l'escalier une troupe arrêtée, Tout à coup pour entrer s'est enfin présentée. Les gardes aussitôt pour lui prêter secours, [jours, De quelques-uns des leurs tranchent les tristes Et, presque en un moment, leur barbare injustice A grands coups de poignard s'en fait un sacrifice.
PL.WIDIE.
0 ciel !
LUCILE
.\ ce spectacle immobile d'effroi, Je le sens redoubler par tout ce que je voi. La porte s'ouvre, on entre, et par cette surprise Sûrs de ne plus trouver d'obstacle à l'entreprise Ils sont à peine entrés que j'ois des cris confus De « Meure l'empereur, » et « Vive Euchérius. »
PLACIDIE
Le traître !
LUCILE
Marcellin avec sa faible escorte Proche du cabinet en occupait la porte. Le coupable à sa gai'de ayant été donné. L'empereur le mandant il lavait amené; Ainsi contre eux sans doute il s'est mis en défense. Mais des siens et de lui que peut la résistance? Ils auraient beau donner leur sang à leur devoir, Le zèle est inutile où manque le pouvoir. Pour moi, qu'àfuirsoudain la crainte a condamnée, Plaignant de l'empereur la triste destinée. J'ai longtemps au palais public son trépas. Sans pouvoir bien connaître où je portais mes pas. PLACIDIE. [crime,
Ah! Rien n'a pu sans doute empêcher ce grand L'empereur à leur rage a servi de victime, C'en est fait; et mon cœur par un traître abusé Voit trop tard dans ce mal l'erreur qui l'a causé. A moi-même, à mou sang, à tout l'État perfide. Pour le croire innocent, j'ai fait son parricide; Et l'appui criminel que j'osais lui prêter. Suspendant son arrêt, a tout fait éclater.
STII.ICON.
Madame, pardonnez, dans un sort si contraire,
A la stupidité qui me force à me taire.
Je vois d'un noir complot le surprenant effet.
Et ma raison se perd dans l'horreur du forfait:
Mais ce qui le suivra va vous faire connaître
Ce que je prends de part dans la mort de mon maî-
Et si par l'attentai sou destin avancé... [tre;