STILICON, ACTE V, SCÈNE VII
L'auln; s"est mis sur l'heure un poignard dans le
[sein ; Mais un nouveau mallieur dont lout mon cœur HoNOHius. [soupire...
Ciel! Ou"ai-je à craindre encor?
MAKCEI.LIN.
Je tremble à -vous le dire, Mais je balance en vain ce funeste rapport; Eucliérius n'est plus.
HONOlîIUS.
Il est tnort?
MAIlCELl.IN.
Il est mort.
PLACIDIE
Pourrai-je déguiser la douleur qui m'accable? Lucile, quelle atteinte!
HONORIUS
0 princesse adorable!
Euchérius n'est plus; mais dans un tel malheur, Achève, Marcellin, de me percer le cœur. Apprends-nous de samort ceque tu peux connaître.
SIAHCELLIX.
Avec la même ardeur qu'il vous a fait paraître, Lorsqu'à vos yeux, seigneur, il combattait pour
[vous, Sur ceux qui le Cuvaient il porte son courroux; Comme s'il s'offensait du secours qu'on lui prête, C'est lui seul qui combat, lui seul qui les arrête. Il ne s'aperçoit point qu'assez proche du flanc line large blessure épuise tout son sang, Soit qu'au premier combat il l'eût déjà reçue. Soit que de ce dernier ce fût l'injuste issue; A peine est-il fini, qu'ensuite d'un faux pas Les forces lui manquant, il tombe entre mes bras. Soudain l'impératrice accourue à notre aide, A ce triste accident cherche à donner remède; Mais lui, de sa pitié désavouant l'eflet, « Je rneui's, " dit-il. <■ madame, et je meurs satisfait, Puisqu'avantmon trépas j'ai faitvoirà mon maître Que je méritais peu l'infâme nom de traître. J'aimais, et c'est l'aveu d'un insolent amour Qui m'avait su déjà rendre indigne du jour. Le ciel juste par tout fait plus qu'on osait croire, Punissant mon audace il conserve ma gloire. Et me soufl're l'espoir d'un assez doux repos, Pourvu que ma princesse... » 11 expire à ces mots; Et l'amour à la mort par une juste envie Dérobe le soupir qui termine sa vie.
HOXOBIUS.
Enlin un plein succès a suivi vos refus.
Vous triomphez, ma sœur, Euchérius n'est plus.
Ayant vu contre lui l'imposture soufferte.
Il a pour l'étouffer précipité sa perte.
Et cru dans les soupçons d'un crime lâche et bas
Un alfront assez grand pour n'y survivi'c pas.
PLACUDtK.
Ah! seigneur, il vous faut ouvrir toute mou âme. Mon orgueil jusqu-ici s'est immolé ma flamme; Mais, quand d'Euchérius j'ai creusé le cercueil,
Je dois à mon amour immoler mon orgueil. Ce héros, dont toujours la vertu m'a charmée, N'eût point été suspect s'il ne m'eut point aimée; Et l'injiislc refus d'avouer son amour, .\ causé l'accident qui le prive du jour. Je l'aimais toutefois; mais de cette victoire Ma jalouse fierté lui dérobait la gloire. Je le voulais au trône, et l'ardeur de régner M'offrait dans ce défaut de quoi le dédaigner. Ces dédains affectés ne cherchaient qu'à vous dire Qu'il aurait su me plaire en partageant I empire; Et j'osais me flatter que, pour prix de sa foi. Vous le sauriez par là rendre digne de moi. Enfin il ne vit plus; et de mon arrogance Je dois à sa chère ombre une pleine vengeance. D'un trop superbe espoir le succès décevant Veut qu'il obtienne mort ce qu'il n'a pu vivant, Qu'avec éclat pour lui moncœurtoujourss'explique, Qu'ainsi que mon orgueil ma flamme soit publique, Et qu'au moins, devant tous, dans mes vives dou-
[leurs, iNe pouvant rien de plus, je lui donne des pleurs.
SCÈXE VII