LE GALANT DOUBLÉ, ACTE I, SCÈNE IFI
GUZMAN
St. Bonjour. Monsieur, esl-ce à vous qu"on en Ou si c'est moi déjà que la donzelle tente? [veut, Voyez.
1). FER.NAXD.
A l'inconnue elle sert de suivante, Tais-toi. Qu'heureusement je te rencontre ici 1 Enfin...
JACIXTE.
HenreuscmcDt je vous rencontre aussi. A la poste où pour nous vous laissez votre adresse, Je portais ce billet.
D. FKR.NAND.
De qui ?
JACI.NTi;.
De ma maîtresse.
Lisez-le, don Fernand.
GUZM.W, ù Jaciiile laiiilh que don Fernand lit.
Ma chère...
JACIXTB.
Assurément.
GVZMAX.
Si le cœur feu disait, je suis sans compliment. Ces détours, ces douceurs, dont un galant s'enivre, AutanI de bien. perdu pour ceux qui savent vivre. Sans tant verbaliser, l'amour veut de l'efTet, J'en ai toujours de prêt, si tu m'aimes, c'est fait.
JACINÏE.
Tu seras pris au mot, si tu n'y prends bien garde.
GUZ.\IAX.
Ma foi, dans ce marché c'est moi seul qui hasarde. Tu vois clair eu m'aimant, si nous en disputons, Mais je suis obligé de t'ainier à tâtons; Avec ton nez bridé de ta coiffe importune. Ta lénébrosité m'en pourrait bailler d'une; Et ton minois des cœurs modestement filou, S'il u'cst quelque peu siuge, est peut-être hibou.
JACl.NTE.
Il te les faut choisir.
D. FEHXAND, nprès fll'O.'l- lu.
Ta maîtresse m'oblige.
Et ne peut me donner d'avis que je néglige. Mais ne puisje savoir où tu me dois mener"?
JACINTE
Ne vous préparez point à me questionner. Tantôt au lieu marqué preuez soin de vous rendre, Suivant votre billet je vous y viendrai prendre; N'attendez rleu de plus.
D. FERXAND.
Ote-moi de souci, De grâce...
JACIXTE.
A'onlez-vous qu'on me surprenne ici"?
Si quelqu'un m'y con naît, ma maîtresse est perdue.
D. FEUNAND.
Mais fais-la-moi connaître.
JACl.NTE.
Enfin vous l'avez vue"?
D. FER.NAND
Oui, je sais bien qu'en elle éclaleut mille appas.
JACiNTE.
En êtes-vous content"?
D. FERXAND.
Qui ne le serait pas"?
JACl.NTE.
Jugez par là du reste, et lui soyez fidèle.
D. FER.XAND.
Au moins dis-moi son rang.
JACIXTE.
Tout est égal en elle, : La beauté, l'air, l'esprit, la qualité, le bien.
; CLZMAN.
I C'est-à-dire, monsieur, que le tout n'y vaut rien.
I D. FERXAND.
Maraud...
GCZUAN.
Vous la croyez à son apprentissage?
D. FERNAND
Mais pourquoi se cacher?
JACINTE
C'est qu'elle est bonne et sage, Et que l'on voit la fourbe un don si cavalier, Qu'il faut vous bien connaître avant que s'y fier.
! D. FERNAND
Non, si ma passion ne va jusqu'à l'extrême. Si mon cœur n'est atteint...
I JACINTE
I Chacun en dit de même ;
Pour faire croire un feu qu'ils affectent souvent. Tous ont le même style, et la plupart, du vent.
D. FERXAND.
.Mais ta maîtresse enfin, telle qu'elle puisse être. Se trouvera forcée à se faire connaître; Il en faudra venir à l'aveu que j'attends.
JACINTE
Vous saurez le secret quand il en sera temps. Et prétendez en vain me voir changer de note, Je tiens bien le lacet.
GVZMAN.
La peste soit la sotte.
Quel que fût le secret qu'on m'eût pu confier. Je le dirais soudain de peur de l'oublier.
D. FERNAND
Tu n'oses donc encore éclaircir l'aventure?
GLIZUAN.
Elle est faite, monsieur, eu dépit de nature; Et le ciel se trompant, sans doute, à la façon, Dans un moule de fille a cru faire un poisson.
JACINTE
.\dieu, brave causeur.
GUZ.MAN.
Adieu, chère muelle.
scÈiXE m
D. FERN.^ND, GUZM.^N.
GUZMAN
Qui l'en croira, monsieur, votre fortune est faite;
LE GALANT D()LiB[.É, ACTIC I, SCÈNK IV.
Esprit, naissance, Ijicns, attraits, le choix est doux.
D. FKRNAND.
Me voici cependant avec deux rcndoz-vons. Isabelle tantôt in'atlend à la munie heure.
GUZMA.V.
Des deux occasions choisissez la meilleure. Allez où votre cœur est le plus altar hé.
D. PEUNAND.
l'oiu- la dame inconnue il se seul plus louché; Mais de peur de surprise, ignorant sa naissance. Autant que je le puis je le tiens en balance; Et comme je ne sais ce qui peut arriver, Si celle-ci manquait, l'autre est à conserver.
(iUZ.MAX.
Mais, puisqu'elle vous tient ses affaires secrètes. Lui deviez-vous sitôt découvrii' qui vous êtes'? Sa suivante a d'abord fait ouïr votre nom.
D. FERNAND
Qu'il soit connu de tous, qu'en devinera-t-on? 11 est mille Fernands dans une même ville. Suftlt que j'ai caché que je suis de Séville, Et qu'enfin me disant de Grenade, j'ai pris Le surnom d'AvaIoz pour celui de Solis.
GUZMAN
Par ce nom trop tôt dit, autre embarras à craindre. Vous aimez Isabelle, ou du moins l'osez feindre; Et si cette inconnue apprend, quelque beau jour, Qu'un Fernand Grenadin fasse en deux lieux sa
D. l'ERNAND. [cOUr?
César de ce péril par sa mort me délivre. Craignant que jusqu'ici l'on ne me sût poursuivre, Je priai don Juan d'abuser ses amis.
Me nommant devant eux partout don Dionis, Sons ce nom, d'Isabelle il m'assura la vue; Et je suis don Fei'nand pour la seule inconnue. Mais de quelque message ou m'en vient régaler. Sa suivante s'approche afin de me parler; Je la vois qui sourit.
GUZMAN
Quoi, celle d'Isabelle?
Votre première amante?
D. FERNAND
Oui, Guzman.
GUZ.MAN.
Qu'elle est belle!
Monsieur, préférons-la.
D. feunand.
Tu te trouves tenté?
GUZMAN
J'ai de malins instants pour la fragilité, Et, par précaution, j'essayerais du remède.