LE GALANT DOUBLÉ, ACTE I, SCÈNE VL
A la qualité prùs il ne me manque rien. Quoi que montre d'aijpasma maîtresse et la vôtre, Cette taille et ce port en valent bien quelque autre. Si je n'ai point les traits si doux, si délicats, J'ai des je né sais quoi que la beauté n'a pas, Le teint, je m'en rapporte; et, pour de la jeunesse. Je pense que me voir c'est tout.
GUZMAN
La bonne pièce!
Si quelqu'un l'entend mieux, je le quitte.
BÉATIIIX.
Jascur,
Est-ce à loi de parler avecles gens d'honneur?
GUZMAN
Si je puis librement dire ce qu'il m'en semble. Ton honneur et le mien sont bons à mettre ensemble; Et, quiconque des deux pourrait n'en' faire qu'un. Ferait encor, je pense, un honneur bien commun.
D. FIÎRNAND.
Tu ne te tairas point, maraud?
Sur ma parole, La matoise est, monsieur, instruite enboune école. Elle vous en dira de toutes les façons. Et se peut aisément passer de nos leçons.
BÉATRIX
Oui, je m'abaisserai jusqu'à prendre des tiennes.
GUZ.MAiN'.
Ah, mon ange!
BÉATRIX
C'est là que je veux que tu viennes.
J'ai besoin de douceurs d'un galant tel que toi.
D. FERNAND
Laisse-là ce badin, et ne songe qu'à moi.
BÉATRIX. [autres
Quoi, ne songer qu'à vous? Et que feraient mille Dont les vœux acceptés ont précédé les vôtres? Chaque moment du jour peut à peine fournir A donner à chacun son rang de souvenir. Mais je perds trop de temps. Adieu, je me retire.
D. FERNAND
Sitôt?
BKATBIX.
Achevez donc, qu'avez-vous à me dire?
D. FERNAND
Béalrix.
Est-ce tout? Vous me ferez gronder.
J'ai hâte.
D. FERNAND
Laisse-moi du moins te regarder; A te voir seulement mon plaisir est extrême.
BÉATRIX. [même ;
Vous ne m'étonnez point, j'y prends plaisir moi- Et dans plus d'un miroir on me voit chaque jour Aller, de temps en temps, me faire un peu de cour.
D. FERNAND
Il est doux de s'y voir quand la copie agrée.
BEATRIX
Je ne m'y trouve pas tout à fait déchirée ;
Et j'en piends plus de droit d'aimer l'original.