‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 641 sur 1518 · BÉATRIX, JACINTE · texte numérisé non relu

BÉATRIX, JACINTE

ISABELLE, ù Béalrix.

Nous le verrons ; mais , dieux ! Ma surprise est Je vois don Dionis. [extrême,

BÉATRIX

Madame, c'est lui-même.

Il aime Léonor, et m'ose cajoler!

BÉATRIX

Bons dieux I Quel maître fourbe!

Il faut dissimuler.

LÉONOB, n Itabelle.

Sachant quelle aventure à soupirer m'expose. Voyez en don Fernand le sujet qui la cause; Vos sentiments ont droit d'en régler seuls la fin. D. FERNAND, à habeUe.

Je dois beaucoup, madame, à mon heureux destin, Qui, me laissant toujours inconnu ce que j'aime, Me fait connaître, au moins, commeune autre elle-

[même ; L'amitié qui vous joint m'en persuade assez. •

Je ne m'étonne point si vous me connaissez; Pour peu qu'avec un cœur l'on ait d'intelligence, De tout ce qu'il chérit on a la connaissance ; Et l'amour, qui du sien vous fait suivre la loi, Doit faire autant pour vous que l'amitié pour moi. j'en ai déjà tiré des lumières secrètes, Qui m'ont en un moment, appris ce que vous êtes; Je sais presque de vous tout ce qu'on peut savoir.

D. FERNAND

Un si brillant esprit ne se peut décevoir;

Mais, si vous vous rendez à de justes prières,

Madame, faites-m'en partager les lumières.

De ce charmant objet j'adore la beauté,

Sans avoir pu tirer mon feu d'obscurité.

Son nom qu'elle me cache étonne ma constance. ,

LE GALANT DOUBLÉ, ACTE II, SCftNE VIII.

Elli^ VOUS fait grand tort par celte défiance ; Et, sur ce que de vous je puis justifier, Elle verra, bientôt, comme ou s'y doit fier.

LliONOR.

Prendre déjà sa cause! A moins qu'il vous cor-

isABEi.LE. 'rompe...

Vous me ferez reproche en cas que je vous trompe.

LiiONOR.

Il faut vous l'avouer, si don Fernand nie plaît, Dès l'abord, comme vous, je vis tout ce qu'il est, Le cœur grand, l'âme belle, uneeutière franchise; Mais de mes sentiments je craignis la surprise, Les plus prompts quelquefois ne sont pas les meilisABELLE. [leurs.

A vous dire le vrai, je le connais d'ailleurs. Un ami, qui d'erreur est assez incapable. M'en avait déjà fait une peinture aimable. Dont les traits délicats, ayant gagné ma foi, Ne m'avaient rien caché de tout ce que j'y voi. L'air, la mine, l'esprit, enfin tout se rapporte.

D. FERNAND

Je lui suis obligé d'une estime si forte.

Jamais d'un vrai mérite on ne fit plus de cas.

LÉOXOR.

Et c'est ?

Don Dionis.

D. FER.NAXD.

Je ne le connais pas.

Ne le connaître pas'? Certes cela m'étonne ; Vous est-il inconnu, s'il ne l'est à personne'? Un cavalier civil, poli, galant, parfait, [fait,

Qui, pensant ce qu'il dit, plaît dans tout ce qu'il Point fourbe, point trompeur, point de ces lâches

[âmes.

Qui cherchent en tous lieux à promener leurs

[flammes; Et, d'ailleurs, il se dit de vos meilleurs amis.

n. FEBNAND.

L'erreur m'est favorable, oii quelque abus l'a mis.

ISAllELLE.

Deux noms divers en lui pourraient causer le vôtre, Qui m'est connu sous l'un, me le sera sousl'autre; Don Dionis, pourtant, est le seul que je sais.

D. FERHAND.

Quoi qu'il vous ait pu dire, il vous aura dit vrai. S'il a su vous jurer que mon amour extrême Engage tous mes vœux à la beauté que j'aime. J'apprends qu'on la marie; et ce fatal revers Accable un malheureux qui languit dans ses fers. Ne pouvant m'éclaircir du père ni du gendre, Je forme cent desseins sans savoir lequel prendre. Dans ces obscurités daignez me secourir; Vous voyez qu'à vous seule on me fait recourir, Soulagez les ennuis dont mon àme est pressée.

Je ne vais pas si vite à dire ma pensée; Et, si, de son aveu, j'ose en prendre le di'oit. Je crains de l'engager à plus (|u'elle ne croit.

LÉOXOR.

Non, à votre amitié tout mon cœur s'abandonne. Il l'en croira soudain, quoi que son zèle ordonne; Et, pour vous donner lieu d'en mieux délibérer, Je vous laisse tous deux, et vais me retirer. Adieu.

D. FEBNAND, ù Léonor.

Souvenez-vous que mes peines cruelles Ne peuvent...

LÉONOR

Vous aurez tantôt de mes nouvelles.

Madame, nous pouvons enfin le régaler.

ISABELLE, o pari.

Voyons son impudence, avant que de parler.

Page 1