‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 642 sur 1518 · SCÈNE VIII D. FERNAND, ISABELLE, BÉ.\TRIX · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII D. FERNAND, ISABELLE, BÉ.\TRIX

D. FERNAND

A voir quelles bontés d'abord, sans me connaître, Vous avez bien voulu me faire ici paraître. J'ai lieu de présumer que la peine où je suis Vous rendra favoralile à finir mes ennuis. Celait pour moi sans doute une disgrâce extrême D'aimer avec excès, et d'ignorer qui j'aime ; Mais, d'un plus rude sort j'ai tout à redouter, Si, par votre secours, je ne puis l'éviter.

En vain à vous cacher votre esprit s'étudie. De grâce, jouez -vous ici la comédie, Ou si vous prétendez que, pour votre intérêt. Mon esprit soit brouillé comme le vôtre l'est?

D. FERNAND

Madame, oii trouvez-vous que ce soient frénésies...

Oui, sans doute, il vous faut des douceurs mieux Etiapauvreabusée, àquivousen contez, [choisies; Pour vous croire honnête homme, a de grandes

[clartés.

Certes, votre méthode est galante et nouvelle. Pour moi don Dionis, et don Fernand pour elle? Ce rare expédient avons mettre en crédit, D'aucun autre avant vous n'avait frappé l'espi-it; Et ce sont en amour de subtiles adresses, Queprendreautantdenomsqucl'on l'ait de maîtres- Un si beau stratagème en a-t-il bien dupé? [ses.

D. FERNAND

De quel étonnement mon esprit est frappé! M'amenait-on ici pour un pareil outrage?

BÉATRIX

Il fallait un peu plus vous sucrer le breuvage, A vous, qui, don Fernand, quand vous vous avisez. Chez nous en'rontément vous endionisez;

LE GALANT DOUBLÉ , ACTR lU, SCÈNE L

Ce sont là los moyens d'en allraper de lielles.

D. FKHNAND.

Ces façons de traiter me sont assez nouvelles. Madame, c'est ainsi que méjugeant discret, D'une aimable inconnue on m'apprend le secret?

ISABKLLE.

Elle apprendra le vôtre, et saura qui vous êtes; Mais, pour vous, croyez-moi, vos all'aires sont fai- Vous n'en saurez jamais ni le rang ni le nom. [tes;

BKATlilX.

Voyez le fourbe! Et puis, à qui se fiera-t-on?

D. Fi:il.\AM).

Mais, à ce changement iiuel motif vous engage"?

C'est trop longtemps jouer le même personnage. Enfin, don Dionis, mettons le masque bas.

D. FERNA.XD.

Quel est ce Dionis?

Quoi, vous ne l'êtes pas?

D. FERNAND

Moi? Si ce jeu vousplait.ciuel qu'en soit le mystère...

BKATRIX.

Payez son impudence, ou bien laissez-moi faire. Voyez, il nous prendra pour ses dupes, ma foi ?

D. FERNAND

Quelle est cette beauté qui parle,conire moi? Madame, est-ce une amie, ou bieuquelqueparente?

BÉATRIX

Faites bien l'ignorant, je ne suis que suivante; Mais, telle que je suis, vous ayant rencontré. Vous me trouviez tantôt assez à voire gré.

Il t'en veut donc aussi?

D. FERNANB.

Je ne l'ai jamais vue.

BÉATRIX

Il m'a galantisée au milieu de la rue ; Et son cœur, s'il m'eût fait en croire ses serments. Se fût enregistré sur mon papier d'amants. La chose n'est pas vraie?

Il est vrai qu'on me joue, Et qu'on ne me dit rien que je ne désavoue. A pas une des deux je n'ai fait les yeux doux.

Don Jnau de Terres n'est pas connu de vous?

D. FERNAND

Je ne sais quel il est, et trêve d'incartade,

Mon nom est don Fernand, et mon pays, Grenade,

Et je viens d'un procès presser ici la fin.

BÉATIUX.

Gardez d'èlie frotté, monsieur le Grenadin. Quelque temps iju'à forger vous ait coûté l'histoire Vous le passeriez mal si l'on voulait m'en croire. Entrant à l'aise ici, l'on ne vous hâtait pas ; Mais, ma foi, pour sortir, vous doubleriez le pas; Je vous remercierais de votre effronterie.

D. FERNAND

Enfin est-ce gageure, ou bien galanterie? Prétend-on (pielque chose affectant ce courroux?

Non, non, don Dionis, on ne veut rien de vous.

D. FERNAND

Mais ce don Dionis qu'en moi l'on veut connaître...

ISABKLLE.

11 m'importe fort j)eu que vous le vouliez être. Pourvu qu'en le voyant vous sachiez l'avertir, Que je ne l'ai soulfert ((uc pour me divertir. De ses fades douceurs, par cœur sa us douteapprises, 11 m'a plu quelquefois d'écouter les sottises; Mais, loin qu'il pût avoir quelques charmes pour Mon choix à don Félix répondait de ma foi; [moi, A des provinciaux j'aime à donner la baie. Adieu, mon cavalier.

BÉATRIX

Voilà comme on vous paie, Messieurs, qui nous venez provincialement Débiter la fleurette, et prêter le serment. On vous fait bon ne mi ne, on rit, on raille, on cause; Mais les amis du cœur, dame, c'est autre chose, La tablature change, on parle sérieux.

D. FERNAND

C'est donc à qui de vous m'embarrassera mieux? Si c'est là votre but la pièce est imparfaite?

ISABEi.LF.

C'est assez, il est temps que vous fassiez retraite.

D. FKRNAND, voiihiil soriir par où on l'arnil fail entrer.

Adieu. Ne croyez pas m'en avoir inquiété.

ISABELLE, l'inrftant.

Non, non, mon cavalier, tournez de ce côté. Sortez par l'autre porte, elle vous est connue.

D. FERNAND

Quoi, vous continuez...

BÉATRIX

Gagnons vite la rue, Le meilleur est pour vous de déloger sans bruit; Je vous y conduirai. Bonsoir et bonne nuit.

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