‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 645 sur 1518 · SCÈNE II D. FERNAND, ISABELLE, BÉATRIX, GUZMAN · texte numérisé non relu

SCÈNE II D. FERNAND, ISABELLE, BÉATRIX, GUZMAN

D. FERNAND

Madame, enfin le ciel, à mon amour propice, N'a pu de vos desseins approuver l'injustice. Ne souffrir plus longtemps qu'un orgueil rigoureux Privât de votre vue un amant malheureux. Il a fait naître exprès une telle rencontre, Aujourd'hui malgré vous à mesyeux il vous montre; Et m'oll'rela douceur dont un destin jaloux M'a tantôt empêché d'aller jouir chez vous. J'ose au moins me flatterde vous voir assez bonne. Pour consentir au bien que le hasard me donne; Et ne murmurer pas, que contre mon espoir, Il accorde à mes vœux le plaisir de vous voir.

ISABELLlî.

Pour VOUS le faire croire, il suflit de vous dire Que, plus je vous connais, et plus je vous adniire. Les divertissements que vous vous choisissez

Ne trouveront jamais qui les estime assez, Voti-eagi'éable humeur galamment les ordonne; Mais, alin d'épargner votre double personne, A qui d'elle avec vous parlé-je maintenant? Est-ce à don Dionis, ou bien à don Fernand? Êtes-vous de Grenade, ou venez vous de Flandre?

D. FERNAND

De telles questions ont droit de me surprendre. Vous avez déjà su, pardaulresque par moi, Qu'en Flandreassezlongtempson m'a vudansl'em- Le désir du reposa causé ma retraite. [ploi ;

Cependant en ces lieux j'ai trouvé ma défaite; Et mon cœur que l'amour n'avait pu surmonter, Charmé de vos appas, n'a su leur résister ; Vous le savez; mais las! Je crains bien que votre âme Ne cède au repentir d'avoir souffert ma flamme ; Et que ce rendez-vous, ôté cruellement.

Ne soit déjà l'arrêt de mon bannissement.

ISABlîI.LE.

Prévenir lessujelsquej'aurais de me plaindre, C'est fort adroitement pratiquer l'art de feindre. Si j'avais pu tantôt tomber dans le panneau, Vousme feriez encore y donner de nouveau; Mais, quoique monespritn'aitpastantdelumiéres, 11 faut pour l'éblouir des fourbes moins grossières; Et celles que par là vous pourrez attraper, Auront un grand talent à se laisser duper.

D. FERNAND

Quelle énigme est ceci, madame...

Je vous prie.

Afin d'ennuyer moins, changez de batterie; C'est assez sur ce ton, vous ne m'y prendrez pas.

D. FERNAND, â BéaKix.

Tout ici de mon trouble augmente l'embarras. Tire-moi de la peine où tu vois qu'on me laisse ; Quelqu'un m'a-t-il su nuire auprèsde ta maîtresse, Béatrix, quelle erreur tient ses sens obsédés ?

BÉATRIX

Ah ! Monsieur don Fernand, vous vous dégrenadez? Vous ne me prenez plus pour amie ou parente?

D. FEJiNAXD.

Enfin, je n'ai point l'âme assez intelligente, Il faut s'ex|iliquer mieux. De quoi m'accuse-t-on ? Qu'ai-jedit?Qu'ai-je l'ail? Que croit-on de moi?

GUZMAN

Bon.

Voilà vous parler ferme, avisez à répondre.

Quoi, ce que vous voyez est peu pour vous confon-

D. FERNAND. [dre?

Faute d'y rien comprendre, on m'en voit interdit.

BEATRIX

Madame, il veut, je crois, nous renverser l'esprit. Donc, tantôt, tout du long, me traitant d'inconnue, Vous n'avez point nié de m'avoir jamais vue, De vous être adouci pour m'en conter un peu ?

D. FERNAND

Moi, je l'aurais nié? Pourquoi ce désaveu,

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