‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 647 sur 1518 · LE GALANT DOUBLÉ, ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

LE GALANT DOUBLÉ, ACTE III, SCÈNE III

D. FEKKAND.

Oui VOUS la piHil causer?

I). JUAN

Mais eiilin, c'est, vous-même?

C'est vous, don Dioiiis?

U. FKHNAND.

Que veul-on que je sois?

Parlez.

D. JUA.N.

J'eu crois à peine encor ce (jue je vois.

Mais, qui de ce transport vous peut rendre capable?

D. JUAX.

Une aventure étrange, et qui semble une Table. Madame, à ce détour que je viens Je quitter, Un cavalier passant j'ai voulu l'arrêter, Tel que don Dionis, mêmes traits de visage. Même voix, même port, c'est sa vivante image; Et beaucoup, se vêtant, de la même façon. Son habit a laissé mon erreur sans soupçon, l'our m'en l'aire sortir, quoi qu'il ait pu me dire, J'ai pris tout pour adresse, et cru qu'il voulait rire; Et serais encor loin de m'en voir éclairci, Si je ne rencontrais don Dionis ici.

D. FERNASD.

Son nom est don Fernaad?

D. JUAN

Je n'ai su rien apprendre, Sinon que pour quelque autre on me l'aurait l'ail

[prendre ; Et, sans plus m'écouter, il a tiré chemin.

BEATHIX.

Madame, assurément c'est notre Grenadin.

Pauvre dupe !

BÉATRIX

Pas tant, peut-être, qu'il vous semble.

D. FERNAND

Mais, si le ciel permet qu'un autre me ressemble. Faut-il sous ce malheur que je sois accablé ?

GUZ.MAX.

Monsieur, je suis perdu si vous êtes doublé. Ce second Dionis terriblement me choque; Aux dépens de mon dos j'en crains bien l'équivoque; Si, l'abordant pour vous, il prend son sérieux?

D. JUAN

Enfin jamais portrait ne ressemblera mieux, Tout autre y serait pris.

Il faut que je l'avoue, Chacun de vous fait bien dans le rôle qu'il joue ; Le conte avec grand art est sans doute inventé. De grâce, don Juan, vous a-t-il bien coûté? Ce rare elTort d'esprit vous comblera de gloire.

D. JUAN

Je ne suis point surpris qu'on ait peine à me croire, Moi-même, qui m'en trouve encor tout interdit,

Je prendrais pour un conte un semblable récit ; Mais il n'est rien plus vrai.

BÉATRIX

Vous en doutez, madame?

Qu'il est souvent aisé de tromper une femme I Sinijile, tu ne vois pas qu'ils s'entendentlous deux?

BÉATRIX. [eux;

Doutez, puisqu'il vous plaît, pour moi je suis pour Et j'ai vu tant de fois de telles ressemblances. Que je ne puis avoir toutes vos défiances. Pour s'être tenu prêt à fonrbcr avec nous, Pouvait-il deviner qu'on le menait chez vous? V serait-il venu sachant ce qu'il hasarde? Outre que, si vous-même y voulez prendre garde. Quel que soit leur rapport de visage et de voix, L'autre semblait moins large et plus grand de deux

D. JUAN. [doigts.

Oui, je lui crois la taille un peu plus déchargée.

D. FERNAND

^on, non, c'est entre nous une histoire forgée, Madame en juge mieux, et me doit quereller. De peur que mon malheur ne m'oblige à parler.

Quels reproches de vous aurais-jelieu de craindre?

D. FERNAND

Celui de mal aimer, ou plutôt de trop feindre ;

l^t de m'avoir caché qu'un plus heureux que moi i

Etait maître du cœur oii prétendait ma foi.

Si quelque autre a sur lui la victoire obtenue, Je pourrais opposer l'amour d'une inconnue; Mais, quoi que vous fassiez, j'y prends peu d'inté-

D. KERNAND. [rêt.

l'our l'inconnue enfin je ne sais ce que c'est ; lue telle aventure eu vain pour moi s'explique, le n'y prends point de part. Mais...

GUZMAN

Elle est hérétique, Monsieur, vous perdez temps.

BË.VTRIX.

Quel serait son dessein, .Madame, pensez-vous...

Tu me parles en vain.

Je ne croirai jamais qu'un autre lui ressemble. Si tous deux aujourd'hui je ne les vois ensemble. Tantôt pour m'éclaircir il peut venir chez moi.

D. FERNAND

J'irai, mais don Fernand vous répond-il de soi?

ISABELLE. [mente,

Qu'un semblable souci n'ait rien qui vous tour- Dcpuis une heure au plus j'ai revu son amante, Qui, sans savoir encor ce que je crois de lui, Doit chez moi de nouveau l'envoyer aujourd'hui. L'un ou l'autre y manquant, je sais mon person- Adieu. [nage..

LE GALANT DOUBLÉ, ACTE III, SCfiNE VI.

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