‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 684 sur 1518 · SCÈNE IV SINORLX, GAMMA, SOSTRATE, PHÉDLME · texte numérisé non relu

SCÈNE IV SINORLX, GAMMA, SOSTRATE, PHÉDLME

SINORIX.

Madame, quel dessein en ces lieux vous amène ? Y venez-vous chercher à jouir de ma peine. Et dans le désespoir où vous m'avez réduit, Par ce triste spectacle en goftter mieux le fruit?

GAMMA

Je veux bien l'avouer, vous m'aviez su contraindre Acroireenvouscefeudontvousosezvous plaindre:

Mais dans vos feints transportsje connais mou cr- Vous appelez amour ce qui n'est que fureur, [rcur, Quoi, si je me défends de faire une bassesse. Il faut soudain d'exil menacer la princesse, Et d'un indigne espoir votre cœur combattu Ose trouver pour elle un crime en ma vertu? Suivezunmouv(uiieut qu'il vousest doux de croire, Dans votre tyrannie enveloppez ma gloire, Et rejetez sur moi, par l'ardeur de régner, La honte du dessein qui vous fait l'éloigner; J'en fuirai l'infamie en prenant sa querelle; Et, quelque fiêre ardeur qui vous arme contre elle, Nous verrons qui des deux en fera plus juger. Ou vous pour la punir, ou moi pour la venger.

SINORIX.

Ce dessein de vengeance estl'elfet d'un beau zèle; Mais vous répondez-vous qu'il fasse assez pour elle, Lorsque, pour prévenir l'arrêt que vous craignez. Il ne faut qu'accepter ce que vous dédaignez? Pour ses seuls intérêts infidèle à vous-même. Je vous vois rejeter l'offre du diadème. Mon amour s'en offense, et cet éloignement Est le moins qu'il prescrive à mon ressentiment. Il peut aller plus loin; mais, quoi qu'il exécute, C'est un mal qu'à voussculc il faudraqu'on impute; Et ce sera pour vous un genre de forfait. D'avoir pu l'empêcher, et ne l'avoir pas fait.

GAMMA

Hé bien, sans respecter le sang qui la fit naître. Commence eufin, tyran, à te faire connaître. Montre-toi tout entier, et cherche à découvrir La lâcheté du cœur que lu m'oses offrir. Je veux qu'à l'épouser sou intérêt m'engage ; Ce cœur que tu poursuis sera-t-il ton partage. Et crois-tu qu'un aveu, par contrainte arraché, L'acquierre à tes souhaits, si tu ne l'as touché? Songe qu'indépendant et jaloux de ce litre. C'est lui seul de ces droits qu'il choisit pour arbitre, Et que contre ses vœux, la plus pressante loi Ne saurait le réduire à disposer de soi.

SINORIX.

Dans les cruels méprisqui troublent ma constance, Le refus que j'ai fait d'user de violence. Montre assez que l'amourqui règnedansmon sein, S'il ne gagne le cœur, estime peu la main : Mais ne m'opposez point pour obstacle invincible, Que ce cœur par lui seul peut devenir sensible. Nos désirs font sa règle, et contraint d'obéir. Il prend d'eux le ])euchant d'aimer ou de haïr.

GAMMA

Si ce divers penchant est un droit qu'il nous laisse, Tâche de m'en convaincre en aimant la princesse, Et, puisque Ion amour se soumet à ton choix. Dispose en sa faveur d'un cœur que tu lui dois.

SINORIX.

Me contraindreà l'aimer? Et votre erreur est telle...

GAMMA

Quoi ! puis-je plus pour toi que tu ne peux pour elle, Et ce pénible effort où ton cœur ne peut rieu.

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