GAMMA, ACTE III, SCÈNE III
Se veuten vain soustraire à l'houueur q\ii l'agite: Plus j'ai lieu de tenir mon bonlieiir assuré. Plus par de vifs renioi'ds je me sens déchiré. Une secrète voix que leur rigueur anime, De moment en moment me reproche mon crime; Et lorsquej'en frémis, pour me confondre mieux. L'ombre de Sinatus se présente à mes yeux. Pâle et défiguré plus qu'on ne peut comprendre, Il sort de cette tombe où je l'ai fait descendre; Et, marquant du poison les efforts violents, 11 chancelle, et vers moi se conduit à pas lents. Ses yeux, quoiqu'égarés, fixes sur le coupable, Me lancent un regard affreux, épouvantable; Et comme si c'était me faire peu souffrir, Je l'entends s'écrier : « Tyran, il faut mourir. Il est temps d'expier ta criminelle flamme; Tu m'as ravi le jour pour me ravir ma femme; Et trahissant ma flile, adroit dans ce grand art. Tu lui voles un trône on tu n'as point de part. Ta lâche ambition s'étant pu satisfaire. Tient sur pour toi le prix que ton amour espère ; Mais, prêt de l'obtenir, tremble, et, mal gré tes soins. Succombe au coup fatal que tu prévois le moins. » Là, j'ai beau repousser cette funeste image. L'horreur qu'elle me laisse accable mon courage; Et, sans cesse, agitant mon esprit incertain, Me montre un bras levé pour me percer le sein.
PHÉDIME
De ces vaines frayeurs il faut vous mieux défendre. Seigneur, qui contre vous oserait entreprendre'? Vous-même, en le craignant, cessez de vous trahir. La princesse, sans doute, a droit de vous haïr ; Mais enfin, de régner son cœur toujours avide, Ne prendpointcontrevousle désespoir pour guide; Et tout ce grand éclat où l'enhardit son rang, Aspire à votre main, et non à votre sang.
SI.N'ORIX.
Mais, quand elle saura quej'ai fléchi la reine. Que ne permettra-t-elle aux transports de sa bai ne '? Déjà, déjà peut-être elle en sait le secret.
PHÉDIME
Quoi, Sostrate, seigneur, serait si peu discret?
smoRis.
Comme j'aime Sostrate à l'égal de moi-même, Je sais bien que pour moi sa tendresse est extrême, Qu'il donnerait cent fois tout son sang pour le mien. Mais souvent l'amour parle, et croit ne dire rien. Pour me tirer du trouble où ce soupçon me laisse, Phédime, de ce pas, va trouver la princesse, Et, par ses sentiments, tâche de pressentir Si de l'heur de ma flamme il a pu l'avertir. Il est bien malaisé, quoique d'abord on feigne. Que longtemps dans sa rage un grand cœur se
[contraigne.
Fais agir ton adresse à lire dans le sien.
PHÉDI.ME.
Je connais mou devoir, et n'épargnerai rien.