‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 690 sur 1518 · SCENE IV CAM.M.\., SliNORLX, SOSTliATE, SOSIME, gardes · texte numérisé non relu

SCENE IV CAM.M.\., SliNORLX, SOSTliATE, SOSIME, gardes

SOSIME.

Seigneur.

SINORIX.

La trahison d'un faux succès suivie Vient d'employer ce fer pour m'arracher la vie ! Mais j'ai tort d'accuser mon ingrat ennemi. Il n'est dans son forfait coupable qu'à demi, 11 suit l'ordre du ciel, dont l'arrêt trop sévère Trouve pour moi la mort une peine légère, Et d'un lâche assassin n'arréle la fureur, Qu'afin que la menace en redouble l'horreur. C'est peu que dans mon sang cette fureur s'éteigni.'. Avant que j'y succombe il veut que je la craigne, Et dans cette frayeur pour mieux m'envelopper, Il retire le bras sur le point de frapper. Sa cruelle pitié qui de mon sort décide. M'envoie un protecteur avec uu parricide. Et du crime à mes yeux la vertu triomphant, L'un attaque ma vie, et l'autre la défend. Voudrcz-vous m'éclaircir ce coup abominable. Madame? Je le vois, et le trouve incroyable; Et mon cœur qu'en confond le projet odieux. Cherche sur tant de rage à démentir mes yeux.

CA.MMA.

Vous avez peu besoin que je vous éclaircisse, Un autre peut ici vous rendre cet office; Et dans l'effet douteux qui vous comble d'effroi, Le fidèle Sostrate a plus de part que moi.

SINOBIX.

Hé bien, parle, Sostrate, et me tire de peine. Suivras-tu contre moi l'exemple de la reine; Et voudras-tu, comme elle en cet événement, Refuser quelque jour à mon aveuglement?

SOSTRATE. [taire,

Non, seigneur, c'est eu vain que je voudrais me Vous avez vu l'effort que mou bras vient de faire; Le crime veut du sang; et, sans rien balancer, Sachant ce qui m'est dû, vous devez prononcer.

SINORIX.

Traître, par cet aveu mets le comble à ta rage.

Je ne voyais que trop le crime qui t'engage;

Mais pour avoir prétexte à t'en justifier,

Je voulais que du moins tu l'osasses nier.

La reine en ta faveur ayant voulu se taire.

Me donnait jour à prendre une erreur volontaire-;

Et, si par ton silence il m'eût été permis,

Je t'ôtais de l'abîme où ta llamme t'a mis.

Aidé dece silence, à toi seul favorable. Je me fusse contraint à douter du coupable, Et j'aurais pu, par là, dans un sort si cruel. Donner à l'innocent les jours du criminel. Pans celui dont ma mort a su toucher l'envie, J'eusse craint de punir qui m'a sauvé la vie; Kt la peine et le prix qu'à tous deux je vous doi, fussent restés secrets entre mon cœur et moi. Maisc'estpeu qu'à ma perte un làcheespoir t'anime Si tu ne fais cncor vanité de ton crime. Et si l'indigne aveu que ta fureur en fait. Ne tâche aux yeux de tous d'en suppléer l'effet. Ingrat, de mes bienfaits, est-ce la récompense?

SOSTRATE.- [ne pense;

Ils sont tous dans mon cœur mieux gravés qu'on Mais enfin, je l'avoue, il ne peut consentir (Jue de ce que j'ai fait j'ose me repentir. Vous m'apprêtez la mort, et ce cœur la désire. Elle seule aujourd'hui fait tout l'heur où j'aspire; Et pour la mieux hàler, sachez que cette main En même occasion aurait même dessein, Que cent fois de nouveau l'effort qu'elle a su faire...

SINORIX.

Quoi, traître, jusque-là ta rage te peut plaire? Hé bien, sache à ton tour que plus tu me fus cher, Moins ce cœur dans ton sort se laissera toucher, Que l'amitié par toi lâchement outragée Sur ton sang hautement sera par moi vengée, Et que de ma tendresse étoufl'ant la chaleur, Je le verrai couler sans la moindre douleur.

{A la reine.)

Mais pardonnez, madame, au transport qu'autorise Du plus noir attentat la plus lâche entreprise. Et qui, m'offrant un gouffre ouvert de toutes parts. Sur le coupable seul arrête mes regards. Surpris de sa fureur je m'emporte et j'oublie. Quand je lui dois la mort, que je vous dois la vie. Et que m'abandonnant à cet ardent courroux, Ce cœur juste pour lui devient ingrat pour vous. Sans vous je n'étais plus, sans vous, triste victime, Mon sang d'un parricide eût couronné le crime ; Et, dans ce grand secours, c'est peu le mériter, Que songer à punir plutôt qu'à m'acquitter. Souffrez donc qu'à vos pieds...

CAMMA

Ah! C'est trop me confondre.

Je vois, j'entends, j'écoute, etne sais querépondre; Et mon esprit confus, surpris, inquiété. Tombe enfin malgré moi dans la stupidité. Ce que Sostrate a fait m'est la plus rude ofTensc ; Je voudrais, toutefois, parler en sa défense; Et, lorsqu'on sa faveur la pitié m'entretient, L'n autre sentiment m'inspire et me retient.

SINORIX.

Vous, madame, défendre un perfide, un infâme?

SOSTRATE

Non, non, de grâce, non, ne dites rien, madame, Et, sans vouloir pour moi tenter un vain efforl.

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