CAMMA, ACTE 111, SCÈNE V
A toute ma disgrâce abandonnez mon sort. Tout ce que vous diriez pour garantir ma tête, Me serait plus cruel que la mort(iu'on m'apprête; Par Ici, mon désespoir se verrait achevé; Et je mourrais cent fois si vous tn'avicz sauvé.
SINOBIX.
Par cette lâche ardeur de périr pour son crime. Admirez contre moi quelle rage l'anime, Et le charme qu'il trouve à se rendre aujourd'hui Indigne des bontés que vous auriez pour lui.
CAMMA
A quoi qu'en son malheur sa fîei'té le hasarde, Je ne vous dis plus rien sur ce qui le regarde ; Mais sur vos intérêts vous devez présumer Que si son entreprise a pu vous alarmer, Si d'un efl'roi secret votre Ame embarrassée Se trouve à quelque trouble indignement forcée, Cesalarmes, cetrouhlc,6tcessujetsd'effroi, [moi. Sont des maux qu'aujourd'hui vous souffrez malgré Qu'à vous les épargner aussi prompte qu'ardente...
siNonix.
0 de bonté pour moi preuve trop obligeante ! Je me tais tout rempli de ce que vous pensez. Et je ne vous dis rien, ne pouvant dire assez. Mais toi, qui mets ta gloire à braver les supplices, Après t'ôtre accusé nomme-nous tes complices. Et sachons quel soutien assez ferme, assez fort, Engageait ton audace à résoudre ma mort, [spire. Sous l'elfort de ton bras apprends-nous qui con-
SOSTRATE
Je vous ai dit, seigneur, ce que j'avais à dire. Nommez ce que le ciel vient de vous faire voir Un effet de ma rage ou de mon désespoir; Il suffit qu'à punir une action si noire [croire; Vos yeux vous soient garants de ce qu'il en faut Vous avez leur rapport, prononcez là-dessus; J'ai parlé, j'ai tout dit, et ne sais rien de plus.
SINORIX.
Quoi, garder le silence est ta plus sûre adresse
Pour tâcher de ton crime à sauver la princesse?
Va, tu nous tiens en vain ce grand secret caché.
L'arrêt de son exil t'avait déjà touché.
Et lui contant l'espoir que me souffre la reine,
Tu n'as pu refuser un forfait à sa haine?
Tu t'es montré soudain prêt à m'assassiner?
sosTRATE. [ner?
Ah! Contre elle, seigneur, qu'osez-vous soupçon- J'atteste tous les dieux, et je veux que leur foudre Tombeàvos yeux sur l'heure et me réduise en pou-
[dre, Si dans ce grand projet qu'a détruit le hasard, On peut à la princesse imputer quelque part. C'est moi seul dont le sang doit laver votre injure.
SINORIX.
Les serments d'un perfide entraînent un parjure. En vain lu crois par là nous éblouir les yeux ; Qui peutperdre son roi ne connaît point de dieux.