‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 696 sur 1518 · GAMMA, PHÉNICE · texte numérisé non relu

GAMMA, PHÉNICE

GAMMA

L'arrêt en est donné! Que me dis-tu, Phénice?

PHÉNICE

Qu'on dresse l'appareil d'un funeste supplice. Et que c'est par sa mort qu'un tyran inhumain Punit ce fier refus de lui donner la main.

GAMMA

Quoi, cet ami si cher ne trouve point de grâce?

PHlJXICiS.

Enfin, l'effet est prêt de suivre la menace; Jamais tant de fureur ne se peut concevoir. Qu'en tous ses sentiments Sinorix en fait voir. Indigné de l'orgueil que montre la princesse, 11 éclate, il foudroie, il s'emporte sans cesse; Et le rang qu'en son cœur Sostrate a su tenir, Semble augmenter sa rage à le vouloir punir.

CAMMA

Phénice, il est donc temps que ma vengeance cède, Qu'au mal que j'ai causé j'oppose le remède. Et qu'à tant de fureur ce cœur reconnaissant. Par i'ofi're du coupable, arrache l'innocent?

PHK.NICE.

Vous découvrir, madame? Ah! Que voulez-vous GAMMA. [faire?

Épargnera Sostrate une mort volontaire, Et ne permettre pas qu'il expie aujourd'hui Le crime glorieux qu'il a jeté sur lui. Dès lors, sans un époux dont l'intérêt me presse. J'eusse de son amour désavoué l'adresse.

Et n'aurais pas souffert que mon tyran trompé Le chargeât d'un forfait sur ma gloire usurpé; Mais voyant Sinalus sans espoir de vengeance. Si je n'en confirmais l'abus par mon silence. J'ai voulu m'y contraindre, et cru que la pitié Lui ferait pour Sostrate écouter l'amitié. C'est à moi, puisqu'enfin je l'en crois incapable, A détruire une erreur qui cache le coupable, .•\ lui montrer le bras qui s'immolait ses jours, Et des dieux, pour le reste, attendre le secours.

PHÉXICE.

Comme il faudra pour lui que votre haine éclate, Vous l'allez irriter sans secourir Sostrate. N'ayant rien dit d'abord, vous lui ferez penser Que vous n'avez dessein que de l'embarrasser; Et je crains que piqué de voir, par là, votre âme Désavouer l'espoir dont il flatte sa flamme, Il ne hâte une mort dont, par quelque intérêt. Il peut songer encore à suspendre l'arrêt.

CAMMA

Maisquand je lui dirai qu'une ardeur de vengeance M'a fait de ses forfaits cacher la connaissance. Que je sais qu'en secret sa lâche trahison. Pour perdre Sinatus, eut recours au poison. Qu'à venger cette mort ma haine toujours prête, A Sostrate cent fois a demandé sa tête. Qu'à son refus tantôt, dans ma noble fierté. Mon bras se l'immolait s'il ne l'eût arrêté, Que l'aveu qu'à sa flamme il a cru si propice. Pour le mieux éblouir n'était qu'un artifice; Crois-tu que ce rapport trouve si peu de foi. Qu'il le laisse douter entre Sostrate et moi?

PHÉ>'1CE.

Le voici qui paraît; avant que rien n'éclate, Songez à Sinatus, jetez l'œil sur Sostrate; Et craignez qu'à sa rage abandonnant vos jours, L'un ne soit sans vengeance, et l'autre sans secours.

SINORIX, CAMMA, PHÉNICE, PIIÉDIME.

SUITE DE SINORIX.

SINORIX.

Madame, je sais bien que vous devant la vie. Que sans votre secours un lâche m'eût ravie. On aurait dû déjà me voir à vos genoux Vous consacrer cent fois ce que je tiens de vous; Mais j'ai cru, dans l'ardeur du courroux qui m'en-

[flamme, Vous devoir dérober les troubles de mon âme. Sans cesse, je l'avoue, il me vient animer, Et toute mon étude a peine à le calmer.

GAMMA

La cause en est trop juste où le crime est extrême: Mais souvent il est beau de se vaincre soi-même. Et d'attacher sa gloire à ce pompeux éclat Dont brille le pardon d'un indigne attentat.

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