‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 697 sur 1518 · GAMMA, ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

GAMMA, ACTE IV, SCÈNE III

siNonix.

Madame, c'est à quoi j'avais su me contraiudrc. A Soslrate déjà j'ôtais tout lieu de craindre, Kl, fai>ant sur moi-môme un généreux effort. Je laissais la princesse arloilre de son sort; Mais avec tant d'orgueil, mais avec tant d'audace, Tous deux ont dédaigné que je leur fisse grâce, (Ju'il faut qu'un chàlimeat aussi juste que prompt, l\ir le sang du perfide en répare l'affront.

GAMMA

Quoi, la pitié pour lui ne touche point votre âme, l,ui qui vous futsi cher, lui qu'enfin?...

SINORIX.

Ah, madame!

Que vous concevez mal, en pressant ma pitié, Quelle horreur à l'outrage ajoute l'amitié! Le coup que de tout autre on verrait sans colère. Nous arrachele cœur quand la main nous est chère ; Et l'oubli ne pouvant jamais s'en obtenir, Ce cœur devient par là plus ardent a punir. Si j'ai chéri Snslrate, après son parricide, J'aim.e mieux le voir mort que de le voir perfide, Kl trouve plus de peine, en ce rude combat, A haïr un ami, qu'à punir un ingrat.

CAMMA

Mais enfin, à présent que je me vois remise De ce trouble où tantôt m'engageait la surprise, J'entends mon triste cœur me reprocher tout bas, Que j'ai fait son péril, et ne l'en tire pas. Non que s'il s'agissait encor de votre tête, A de plus vifs efforts cette main ne fût prête ; Mais, si vous tenez tout d'un généreux secours. Pour les vôtres sauvés je demande ses jours.

sixoRrx.

Quel indigne parti la pitié vous fait prendre!

CAMMA

Étant sans intérêt, je voudrais m'en défendre; Mais, quoique votre haine ait droitd'en murmurer, Ayant fait son malheur, je dois le réparer.

SIXORIX.

Mais, songez qu'évitant la peine qu'il mérite...

CAMMA

Mais songez que c'est moi qui vous eu sollicite. Et, qu'après tant de vœux que j'ai pu dédaigner. S'ils sont ardents pourmoi, c'est mal le témoigner.

SINORIX.

S'ilssontardentspourvous*? Qu'on amène Sostrate. La vengeance déjà n'a plus rien qui me flatte. Mais qu'au moins un triomphe etsi grand etsibeau Sur votre fier devoir m'en acquière un nouveau. Faites, à votre tour, que sa rigueur se rende; Vous me demandez grâce, et je vous la demande. Cessez de reculer, pour me voir trop soumis, L'effet du doux espoir que vous m'avez permis. J'étonne mon respect, il tremble en ce que j'ose; Mais à qui donne tout vous devez quelque chose; i El mon courroux vaincu, peut-être, a mérité L'entier et prompt aveu de ma félicité.

CAMMA

Donc ces fortes raisons parvous-mêmeapprouvées, Sont chimères en l'air que ma crainte a rêvées? J'ai montré ma faiblesse à leur trop déférer?

siNonix.

Il sul'lisait tantôt de me faire espérer; Mais contre ce devoir et cette bienséance Qu'opposait le scrupule à mon impatience. Le sangoii ma vengeance a voulu renoncer, Autorise l'hymen dont j'ose vous presser; A ce prix seulement mon cœur vous l'abandonne.

CAMMA

C'est là ce grand pouvoir que votreamour me don ne? Vous m'osez refuser quand j'ai cru ne devoir...

SlXORIX.

C'est blesser cet amour, j'en suis au désespoir. Mais contre les fureurs d'une fière princesse. Dans ce juste refus ma gloire s'intéresse. Et ne saurait souffrir que, par ses attentats, Elle m'ait fait trembler, et n'en soupire pas. Il faut, si le coupable échappe à ma justice. Que demain votre hymen me venge, et la punisse. Et que le vain effort d'un coup si malheureux Lui coûte la douleur de m'avoir fait heureux.

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