SCÈNE V CAMMA, SOSTRATE, PHÉNICE
CAMMA, voijaiil Soslralc qui 'eut s'éloiijner.
!uoi, le peuple peut-être en veut à ma personne?
Et dans ce grand péril Sostrate m'abandonne? .Vrrètc, j'ai besoin ici de ton secours
SOSTRATE
Le destin veut ma mort, il la presse, et j'y cours; La vouloir relarder dans l'ennui qui m'accable, C'est m'exposer encore à devenir coupable. De mes tristes regards l'indiscrète langueur Vous reproche déjà votre ingrate rigueur. Le respect aura beau m'opposer ses maximes, Si je parle après eux, je vais faire cent crimes; Otez-cu le pouvoir à mon juste courroux, Et me laissez mourir sans me plaindre de vous.
CAMMA." [Sostrate,
Que l'on m'approche un siège. Il n'est plus temps, D'empêcher contre moi que ce courroux n'éclate; Puisqu'on sait ton amour, plains-toi, condamne- Dis que l'ambition m'a fait trahir ma foi. [moi, Si pourtant la raison éclairait la colère. Ce que lu viens d'oui'r t'aurait du satisfaire; Le sort de Sinorix n'est pas un sort trop doux.
SOSTRATE
Madame, il est ha'i, mais il est votre époux. A la vengeance en vain le devoir vous entraîne. Ce titre malgré vous suspendra votre haine; Et ce devoir confus va craindre à l'avenir De faire un parricide à l'en vouloir punir, [die. C'en serait un, sans doute, et je vois, sans me plaiii- Qu'innocent ou coupable il n'ait plus rien àcrain-
[dre; Mais, fussent vos transports encor plus éclatants Qui n'a plus à punir ne peut ha'ir longtemps. Ainsi, madame, ainsi, sa victoire est certaine ; Il saura vous réduire à perdre votre haine; Et , son Jieureux triomphe augmentant chaque jour, S'il n'a plus votre haine, aurai-je votre amour? Non, non, j'en crois en vain posséder l'avaiilagi'. Vos scrupules voudront en faire son partage ; Et, s'ils tiennent jamais votre courroux borné, Vous lui devez ce cœur que vous m'avez donné. Déjà, déjà, sans doute, encor qu'on me le cache, De ce triste devoir la rigueur me l'arrache; C'en est fait, je le perds, et, toutefois, hélas! J'avais bien mérité de ne le perdre pas. Pour m'imposer l'horreur d'une peine semblable. Le crime n'est pas grand de n'être point coupable; Et, peut-être, jamais tant de sévérité N'a puni le refus d'une infidélité.
Mais, je meplains à tort d'un si rude supplice. Puisqu'il vous met au trône, il est plein de justice Jouissez des douceurs d'un si glorieux sort. Le prix eu est léger s'il ne faut que ma mort. Elle est, elle est trop due à ce feu téméraire Dont l'orgueil à ma reine eut l'audace de plaire. Pour effacer l'affront qu'il vous a fait soufTrir, C'est à vous de i-égaer, c'est à moi de mourir. J'y cours, j'y cours, madame, et ma rage secrète Va vous mettre en état de régner satisfaite; Heureux, s'il m'est permis, pour tromper mes mal-
[heuis,
De vous dire en mourant : c'est pour vous que je CAM.MA. [meurs.
Tout t'est permis, Sostrate, et tu vois mou silence Souffrir de la douleur l'entière violence. Parle, accuse, condamne un projet important, Peut-ôtrc riicure est proche où tu seras content.
SOSTKATE.
OÙ je serai content? Hé, le puis-jc, madame, rtans l'affreux désespoir où vous voyez ma llammc ! Tout l'augmente, et je fais cent efl'orts superflus. .