LE FEINT ASTROLOGUK, ACTE I, SCÈNE II
PHILIPIN.
yu'il l'art mauvais, monsieur, avoir afVaii'o à vous ! Quoi ? Quand de vous aimer on se trouve incapable On n'ose l'avouer sans se rendre coupable'? Ah, Lucrèce a grand tort avec ses fiers refus. Mais quand prétcndcz-vous enfin n'y penser plus?
D. FKRNAND.
Lorsque par ton adresse et par ton eniremiso Je connaîtrai celui pour qui l'on me méprise.
PHILIPIN.
C'est don Juan, peut-être.
D. FER.NANU.
Ahl
rHILU>IX.
Oui, ce don Juan, Qui, comme vous savez, la sert depuis un an. Vous riez?
Le parti serait pour elle honnûte.
Et ne m'a point encor donné martel en tôte.
PHILIPIN.
Quoique pauvre, il peut plaire.
D. FERNAND
Ah! ne présume pas
PHILIPIN.
Tout de bon, Déatrix.
BÉATRIX
Tu veux m'abandonner, toi?
PHILIPIN.
Moi-même.
BÉATRIX
Tu ris :
Et peut-être demain...
PHILIPIN.
Cela va sans pcul-ôtrc, Un valet suit toujours la fortune d'un maître; Fais qu'on aime le mien, et tu verras qu'après, S'il faut mourir pour toi, je mourrai tout exprès.
liÉATRIX.
Ne me demande point une chose impossible.
PHILIPIN.
Ta mailresse à l'amour est donc bien insensible?
DÉATRIX.
Non pas tant, mais...
PHILIPIN.
Quoi, mais?
BÉATRIX
Mon pauvre Philipin,
Quejamais tant d'orgueil jette les yeux si bas. , Tu m'avais tant promis... Un cœur comme le sien, que l'ambition flatte. Veut que par la fortune un grand mérite éclate. Aussi ce don Juan n'en a que des mépris.
PHILIPIN.
C'est quelquefois par là que les plus fins sont pris, Ce peut être une feinte.
D. FERNAND
El la peux-tucomprendre?
11 a quitté la ville, et doit passer en Flandre; Et malgré tout cela tu veux qu'ils soient d'accord?
PHILIPIN.
On voit assez souvent...
D. FERNAND
Tais-toi, Béatrix sort.
Tâche à l'en éclaircir, fais qu'elle se déclare; J'attends à ce détour l'heure qui t'en sépare.
PHILIPIN.
Je sais quel est mon rôle, et je le jouerai bien.
BÉATRIX, PHILIPIN.
BÉATRIX
A quoi donc penses-tu?
PHILIPIN.
Moi? Je ne pense à rien.
BÉATRIX
Rêver en me voyant, en voyant ce qu'on aime?
PHILIPIN.
Mon maître n'aime plus, je n'aime plus de même.
UÉATHIX.
Tout dé bon, l'iiilipin?
PHILIPIN.
Venons au mais enfin ; Poursuis.
BÉATRIX
Que te dirai-je?
PHILIPIN.
A quel dessein Lucrèce Traite ainsi don Fernand avec tant de rudesse, Et si l'aimer encore est pour lui temps perdu.
BÉATRIX
Je le le dirais bien, mais il m'est défendu. Si pourtant tu jurais de garderie silence...
Va, dis-moi ton secret avec toute assurance. Je suis fort taciturne; et, tel que tu me vois, Je ne conte jamais qu'une chose à la fois. Avec peu de raison ta crainte me soupyonue.
BÉATRIX
Tu n'en diras donc mot?
PHILIPIN.
Mot du tout.
BÉATRIX
A personne?
PHILIPIN.
Non.
BÉATRIX
Tu me le promets?
PHILIPIN.
Est-ce fait?
BÉATRIX
Jure tôt.
PHILIPIN.
Oui, foi de Philipin. Juré-je comme il faut?
LE FEINT ASTROLOGUli, ACTE I, SCÈNE IV.
BEATUIX.
Non pas même à ton maître ?
PHILIPIN.
Est-ce à dessein de rire?
Dis-le-moi tout d'un coup si tu me le veux dire. Pourquoi tant de façons? Vois-tu, sans te flatter, Si je meurs pour l'oijir, tu meurs pour le conter; Tant de précaution est ici ridicule.
BÉATRIX
Tu sauras donc enfin...
PHILIPIX.
Parle sans préambule.
BÉATRIX
Que si tu vois toujours ton maître maltraité, C'est parce que Lucrèce...
PHILIPIN.
Aime d'autre côté?
BÉATRIX
Tu devines.
PHILIPIX.
Hé bien, le nom du personnage?
Achève.
BÉATRIX
Tu veux donc en savoir davantage?
PHILIPIX.
Ah! D'un homme d'honneur c'est trop se défier. Son nom est ?
Don Juan.
PHILIPIX.
Ce pauvre cavalier?
BÉATRIX
Lui-même; il est galant, noble, de bonne mine.
PHILIPIX.
Et la galanterie échaufTe la cuisine !
BÉATRIX
Elle l'adore enfin.
PHILIPIX.
Ma foi, tu m'interdis; Mais s'il en est aimé, comme tu me le dis, Pourquoi l'abandonner pour s'en aller en Flandre :
BKATHIX.
Chacun le croit ici comme il l'a fait entendre; Mais dans un tel voyage, à te parler sans fard. S'il était pris desTurcs nous courrions gra nd hasard.
PHILIPIN.
A ce compte il est donc en pays d'assurance?
BÉATRIX
Entre nous deux il l'est, et plus qu'on ne le pense, Dans Madrid.
PHILIPIN.
Dans Madrid!
Et n'en a point sorti.
PHILIPIX.
Qui diable eût jamais cru qu'il eut si bien menti. Et que pour mieux tromper ton t autre que Lucrèce, 11 eût fait ses adieux avecque tant d'adresse!
BEATRIX
Ainsi, depuis huit jours que tu le crois absent, Il voit de nuit Lucrèce, et Lucrèce y consent. Vois ce que peut ton maître espérer de sa flamme !
PHILIPIX.
Mais ne craint-elle point qu'un voisin la diffame? Car enfin il en est, qui, pendant tout un mois, Comme des loups-garous ne dorment qu'une fois : Leur curieuse humeur toujours les inquiète; Et si dans le quartier il est quelque amourette. Du soir jusqu'au matin ils demeurent au guet Pour tenir bon papier de tout ce qui s'y fait.
BÉATRIX
Pour s'en mettre à couvert, l'accord est fait de sorte Qu'il va droit au jardin par une fausse porte, Je la laisse entrouverte, et là, commodément, Lucrèce l'entretient de son appartement; Sa fenêtre y répond.
PHILIPIX.
La partie est bien faite; Mais quand il l'a quittée, où fait-il sa retraite?
BÉATRIX
Chez don Lope, où de jour il garde la maison. Sans que don Lope même en sache la raison; Sous un autre prétexte il le loge, et je peuse Que je n'en aurais pas reçu la confidence, S'ils avaient eu moyen de se passer de moi. Mais adieu, touche.
PHILIPIN.
Adieu.
BEATRIX
Tu me promets ta foi, Philipin!
PHILIPIN.
Quelle foi?
BÉATRIX
Celle de mariage.
PHILIPIX.
Va, je te la promets quand nous serons en âge.