‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 729 sur 1518 · SCÈNE VI MAXIMIAN, SÉVÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI MAXIMIAN, SÉVÈRE

MAXIMIAN

Quoi, pousser des soupirs en quittant la princesse?

Ah! Seigneur, épargnez la douleur qui me presse. Je ne vous parle point en amant outragé De l'abîme de maux où vous m'avez plongé. C'était à mon orgueil un attentat insigne D'écouter un espoir dont je n'étais pas digne. Le rang d'impératrice, et l'éclat qui le suit.

Valent bien la disgrâce où je me vois réduit; Mais, si queliiuo pitié pour moi vous intéresse, Sauvez-moi d'un refus honteux à la princesse, Prévenez un éclat où je suis résolu.

J'aime, seigneur, hélas! vous l'avez bien voulu, Et quoique sans espoir l'amour soit un supplice, Puisque c'estmon seul bien, souffrez quej'enjouis- Par un hymen illustre on tente en vain mafoi, [se. En vain on veut qu'un trône ait des charmes pour

[moi; C'est un surcroît de rage à ma douleur extrême. Je ne veux que mourir aux yeux de ce que j'aime, Lui soumettre mes jours, et les abandonner A la triste langueur qui les doit terminer.

MAXIMIAN

Quoi, Sévère, il se peut que le sort qui t'outrage Te fassedcs malheurs plusgrandsquetoncourage? Apprends, apprends les miens, et pour sortir d'er- Voiscomme la fortuneaccable unempereur. [reur, Si j'osais la braver, en dédaignant l'empire, A son tour, contre moi, je vois qu'elle conspire. Eu vain auprès d'un fils des Romains adoré, Je crois jouir du calme où j'avais aspiré; Redoutant mes conseils, ce fils, l'ingrat Maxence, Par mon éloignement affermit sa puissance ; On me bannit de Home, et tel est mon destin, Qu'il me faut rechercher l'appui de Constantin. Contre sa tyrannie il m'otlVe un sur asile; El quand auprès de lui je me crois tout facile. Loin d'obtenir pour toi l'aveu de ton amour, J'apprends quel intérêt t'éloigne de sa cour. Devenu ton rival, il veut que ton absence Laisse dans ses projets agir sa violence. Et tout ce qu'à ton feu l'honneur me fait devoir. Est forcé de céder à son lâche pouvoir. .Vinsi, plus le tyran que l'époux de ma fille. Il usurpe mes droits jusque sur ma famille; Et mes vœux par contrainte à ses ordres soumis, Sont l'effet du repos que je m'étais promis.

SÉVÈRE

C'est trop, seigneur, c'est trop, tant de bontém'ac- Le destin a rendu ma perle irréparable ; [cable, Mais l'intérêt de Fausie étant à préférer. Quand il la met au trône, en dois-je murmurer? Non, il lui fait justice, et pourvu qu'on s'oppose A l'hymen où pour moi l'empereur se dispose. Qu'on ne me force point à l'éclatant refus...

MAXniIAN.

Et si je te disais que je veux faire plus ! J'ai besoin seulement de trouver dans Sévère Cette fermeté d'âme aux héros ordinaire, Elle aide à repousser le sort le plus affreux; Et, si tu l'as enfin, tu n'es plus malheureux.

SÉVÈRE

Ah! Seigneur, pour guérir le mal qui me possède, La grandeur du courage est un faible remède. Contre un si rude assaut il n'est point de vertu; Et qui sait bien aimer...

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