FAUST H
Mais à l'empereur ont-ils pouvoir de nuire, Si, sachant l'atlentat, nous le pouvons détruire'.' Allons lui découvrir le nom des conjurés.
SÉVÈRE
Le voudrez-vous, hélas! lorsque vous les saurez?
Jusqu'ici Martian a conduit l'entreprise,
Avec Pompilins Straton la favorise,
Lucile, Eutrope, Albin s'en déclarent l'appui.
Mais leur chef...
FAUSTE
Achevez.
SÉVÈRE
Le croirez-vous de lui?
Contre uu lâche assassin armez votre colère; Mais, madame, tremblez au nom de votre père ; Pour remonter au trône, et changer de destin, Maximian...
FAUSTE
0 dieux !
SÉviîRE.
Veut perdre Constantin.
FAUSTE
Quoi, c'est lui qui conspire?
SÉVÈRE
Et, ce qui doit surprendre.
C'est par Martian seul qu'il l'a l'ait entreprendre. Sans que les conjurés dont il est le soutien, Sachent dans ce projet ni son nom ni le mien.
FAUSTE
On vous trompe, Sévère ; et, pour noircir sa gloire. L'imposture a forgé ce qu'on vous a fait croire. Maximian ne peut...
Hélas! Que n'est-il vrai?
Mais de lui seul enfin je tiens ce que je sais. Feignant qu'un fol espoir avait pu me séduire, IJe tout par Martian je me suis fait instruire;
Un père ambitieux veut perdre voire époux. Et je viens, pour agir, prendre l'ordre de vous.
FAUSTE
Ah ! si ma gloire encor vous avait été chère, C'est sans m'en consulter que vous le deviez faire, Et ne me pas réduire à l'affreux déplaisir O'ètre forcée au choix, et de n'oser choisir. Quel conseil vous donner, à quel parti me rendre, Sans exposer des jours que je devrais défendre, Saus qu'aux traits du destin les voulant arracher. Il n'en coûte à mon cœur ce qu'il a de plus cher? Si j'ose pour un père écouter la nature, Mon devoir outragé souffre, tremble, murmure; Et lorsqu'on sa faveur je me laisse émouvoir, La nature, à son tour, frémit de mon devoir. Ainsi mon innocence est partout poursuivie, Je deviens sacrilège à moins que d'être impie; Et de quelque côté que penchent mes souhaits. J'y découvre aussitôt le plus noir des forfaits. J'ai beau ha'ir les noms d'ingrate et de perfide. Je ne m'en puis sauver que par un parricide; Et de mes tristes maux l'excès monte à tel point. Que je commets un crime à n'en commettre point. Je hasarde un époux si je respecte un père. Il faut me déclarer, on m'y force? Ah, Sévère! Si dans quelques ennuis j'ai pu vous engager, Est-ce ainsi qu'un grand cœur se plaît à se venger?
SÉVÈRE
Continuez, madame, et par cette injustice. D'un amour qui perd tout augmentez le supplice. Si d'un espoir honteux il eût pu se flatter. Ma vengeance était sûre à vouloir l'accepter. La mort qu'à l'empereur la trahison apprête, faisait cesser l'horreur de vous voir sa conquête, ICtme vengeait bien mieux que le pressant ennui D'avoir à vous résoudre, ou pour, ou contre lui ; Mais j'aurais trop par là racheté ma disgrâce. Et vous n'eussiez rien su du coup qui le menace, Si, prêt à faire éclat, j'eusse pu l'arrêter. Sans exposer un sang que je dois respecter. C'estlasource du vôtre ; etpourme voirsans peine, Vous épargnez un choix dont la rigueur vous gêne, Vous n'avez qu'à souffrir que j'ose me cacher Ce qu'exige de vous un intérêt si cher.
FAUSTE
Non, si mes tristes vœux n'osent rien se permettre. Ce choix n'est pas un droit qu'ils puissent vous re- C'està moi d'essayer si j'aurai le pouvoir [metlrc. D'accorder la nature avecque mon devoir. Pour sortir de l'erreur où mon esprit s'abîme. Détournons le péril sans découvrir le crime. Quelque pressante ardeur qui force d'attenter, On n'entreprendra rien saus vous en consulter; Ltd'un si noir complot par vous toujours instruile. Je ne perds pas l'espoir d'en prévenir la suite. Mon cœur aux droits du sang doit garder ce respect; Mais ne me parlez plus de peur d'être suspect, A moi risque l'avis presse, et qu'il soit d'importance. Un billet suffira pour notre intelligence.
MAXI.MIAiN, ACTE III, SCÈNE IV.
Voyez, observez loul; et si les conjurés
A faire i>n prompt éclat se trouvent préparés,
Alors contre le coup que leur rage médite...
Mnximian paraît, souffrez que je vous quitte. Vos ordres que j'attends en régleront le sort.
SCÈxXE II .M VXIilIAN, FAUSTE, SÉVÈRE.
MAXIMIAN
ijtioi, Sévère prend soin d'éviter mon abord, Il me fuit, et pour lui ma vue est un supplice?
SÉVÈRE
Ma présence, seigneur, blesse l'impératrice; Et, voyant ce qu'elle est, je sais trop mon devoir Pour la vouloir contraindre à l'ennui de me voir.
[Sévère iorl.) M.AXIMIAN.
Ouel(|ue austère vertu dont la rigueur vous porte A traiter aujourd'hui Sévère de la sorte, Madame, vous pourriez, par maxime d'État, A sa dure fierté permettre moins d'éclat. La douleur de vous perdre excite assez sa rage Sans l'irriter eucor par un nouvel outrage. Il est des mécontents, vous le poussez à bout ; Et qui n'espère rien est capable do tout.
PAUSTE.
Ah! Seigneur, jugez mieux de ce qu'il en faut croire, Soupçonnez sa douleur, mais épargnez sa gloire. Et, quelque désespoir dont il soit combattu, Craignez-le pour sa vie, et non pour sa vertu.
MAXIMIAN
J'en craindrais moins l'effet, si l'hymen de Constan- Lui souffrait d'en calmer la juste violence; [ce Mais, pour comble de maux, je vois que l'empereur S'attache obstinément à lui donner sa sœur. Sa rage impatiente en va jusqu'à l'extrême ; Et, dans l'àpre douleur de perdre ce qu'il aime. C'est engager sa flamme aux derniers attentats. Que vouloir l'asservira ce qu'il n'aime pas. Par mon ordre un des miens doitl'observersansces- Mais Liciue d'ailleurs adore la princesse, [se.
Et ce qu'en son pouvoir son feu trouve d'appui, Nous montre en sa fureur tout à craindre de lui. Du palais à son gré c'est lui seul qui dispose, La garde aveuglément suit les lois qu'il impose ; Et jaloux d'un espoir qu'on le force à quitter. Quoi qu'il veuille entreprendre, il peut l'exécuter. Je ne déguise point que ce péril m'élonne, J'cslimo l'empereur, et crains pour sa personne, Et la garde changée est l'unique secours Qui nous puisse aujourd'hui répondre de ses jours. C'estce qu'il faut de lui que vos conseils obtiennent. Tous périls sont légers pour ceux qui les prévien-
[nent ; El, dans le moindre lieu de craindre un attentat, Le trop de confiance estun crime d'État.
' FAUSTE
Je sais que pour me mettre à couvert de ces crimes Je ne puis faire mieux que suivre vos maximes. Et que l'essai dti trône a su vous enseigner Tout ce qu'a de plus sur le grand art de régner. Aussi, comme il n'est rien qu'après vousj'examine. Je veux bien me contraindre à soupçonner Licine; Mais, afin que l'affront l'en fasse moins rougir,
I C'est sans aucun éclat que je prétends agir.
I Pour avoir sûreté que rien ne se hasarde. Je ferai qu'en secret on observe la garde,
j Et vois trop quels périls s'offrent à redouter
: Pour laisser les moyens de rien exécuter.
MAXIMIAN
.Mais, malgré tousvos soins, si la garde est laméme, L'empereur est toujours dans un péril extrême ; Et ceux dont vous aurez le zèle pour appui, Sans empêcher sa mort, périront avec lui. .Non, non, jamais l'éclat ne fut plus nécessaire, Licine est trop suspect pour songer à le taire; Le voici, remarquez, comme tout interdit. Dans ses transports secrets lui-même il se trahit.