SCÈNE V
CONSTANTIN, MAXIMIAN, FAUSTE, LICINE, MARTIAN, MAXIME, suite.
CONSTANTIN, à Slarliaii.
Viens, méchant, et, surtout, ne nous déguise rien. On en veut à ma vie, et, par les artifices. Un projet si coupable a trouvé des complices. Toi seul en sais l'auteur, parle, et nous fais savoir Quels charmes, dans ma perte, ont flatté ton espoir.
MARTIAN
Seigneur, le ciel est juste, et j'apprends de Maxime Qu'en vain je tâcherais à déguiser mou crime ; Straton vous a tout dit, et de ma trahison La plus affreuse mort vous doit faire raison. Jesaurais la souffrir, sans parler, sans me plaindre; Sans qu'à rien déclarer elle me pût contraindre, Si d'un pressant remords l'indispensable loi, Ne m'arrachait un nom qui n'est su que de moi. Pour un ambitieux qui se cache à tout autre, La mort que je rencontre est le prix de la vôtre. Pour lui je l'ai jurée, et, sans le découvrir, Si j'étais arrêté, j'ai promis de périr. Sur celte confiance il ose encor paraître, Assuré d'un secret dont seul je suis le maître. Mais le moins que je puis, après ma lâcheté. C'est de donner sa vie à votre sûreté.
MAXI.MIAN.
Dis tout, traître, il est temps que ta rage s'explique.
MARTIAN, à Maximian.
Seigneur, que votre haine à ma perte s'applique, Si déjà mon forfait éclate aux yeux de tous. Ce que j'en tiens caché ne regarde que vous. Du sang de l'empereur mon lâche cœur avide Formait le noir dessein d'un second parricide ; Et la même fureur qui sut armer mon bras Vous mettait hors d'état de venger son trépas.
CONSTANTIN
Quoi, sur Maximian ton insolente rage Résolvait lâchement d'achever son ouvrage ? Seigneur, à mon injure il ne faut plus songer. C'est la vôtre, c'est vous que l'État doit venger. Il n'aurait rien perdu, si, dans un si grand crime. J'eusse à la trahison servi seul de victime; Mais, privé de défense en perdant votre appui, Le fruit de vos travaux périssait avec lui.
FAUSTE
Juste ciel !
CONSTANTIN
Dis le reste, et sachons qui conspire.
MARTIAN
Liciue peut parler, je n'ai plus rien à dire.
LICINE.
Quoi, méchant?
MARTIAN
Malgré moi, l'on a tout découvert.
Et Straton me contraint de perdre qui me perd.
LICINE.
Moi, j'ai pris quelque part aux projets d'un infâme: J'ai su ta trahison ?
MAXIMIAN, à Fausle.
Vous le vojez, madame.
Lorsqu'à tant de murmure il s'est abandonné. Si c'était sans raison que je l'ai soupçonné.
LICINE, à Maximian.
Ah ! Seigneur, contre moi croyez-vous l'imposture?
CONSTANTIN
C'est donc là cette foi pleine, sincère, pure ; Et l'hymen de ma sœur contraire à tes souhaits, Te fait ainsi, sans peine, oublier mes bienfaits? C'est peu du rang illustre où ma faveur t'élève, Si l'ayant commencé ton crime ne l'achève," Et si par l'attentat dans le trône placé. Tu n'y vois de sa main ton feu récompensé. Le ciel ne l'a souffert que pour mieux te confondre.
LICINE.
La surprise, seigneur, m'empêche de répondre ; Et de pareils malheurs permettent rarement Que les sens étonnés agissent librement. Si c'est crime d'aimer un objet adorable, De tous les criminels je suis le plus coupable? Et, comme à mon amour l'espoir est défendu, La mort est le seul bien où j'avais prétendu, M'en avancer le coup c'est finir mon supplice. Mais ània gloire, au moins, rendez quelque justice; Et, pour être à couvert de tous déguisements,