PERSÉE ET DÉMÉTRIUS, ACTE IV, SCÈNE VIII
D'en préférer la honte à la perte d'un fils.
l'HILirPE.
Non, non, il faut régner, et que l'ingrat périsse, Je dois au nom de roi ce triste sacrilicc, La nature y consent, songeons à le lii'iter; Mais nous avons toujours le peuple à redouter.
DIDAS.-
Pour forcer sa prison, s'il peut tout entreprendre, Quand il saura sa mort vous le verrez se rendre, Étoufl'er un éclat qui serait sans soutien. Où l'on manque de chef la révolte n'est rien. Mais, si de sa fureur vous craignez les menaces. Il ne faut qu'en secret nous assurer des places. Tenir nos amis prêts, les répandre en tous lieux. Que pourront entreprendre alors les factieux? Étonnés par sa chute, oseront-ils paraître?
PHILIPPE
De ce peuple insolent va donc te rendre maître. Et l'étant assuré de la ville et du fort, Viens résoudre avec moi l'ordre de cette mort. Le poison surprenant ce fils trop téméraire, Avecque moins d'éclat saura nous en défaire; Mais le temps presse, va.
DIDAS.
C'est vouloir être roi, Seigneur, mais...
PHILIPPE
Va, te dis-je, et ne crains rien de moi. SCÈNE VII
PHILIPPE, seul.
Enfin, sénat superbe, il faut te satisfaire. C'est peu pour ta fierté qu'un hommage ordinaire. Et mon cœur pour remplir tes vœux ambitieux. Consent à te traiter comme il traite les dieux; Il tient de tes autels le culte légitime. Mon fils fut ton esclave, il en fait ta victime; Et ce noir sacrifice à ton orgueil offert. Va faire voir à tous de quel zèle il te sert. Mais où va contre lui la fureur qui me guide? Est-ce en le commettant qu'on venge un parricide. Et si les droits du sang ne peuvent l'ébranler. Parce qu'il les trahit, dois-je les violer? Ah! Roi né pour servir, tu frémis, tu t'étonnes? Veux-tu rougir toujours des fers que tu te donnes, Et, pour un peu de sang qu'il t'en pourra coûter. As-tu le cœur si bas qu'il tremble à les quitter? Non, non, c'est trop gémir, bravons la tyrannie.