‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 797 sur 1518 · PHILIPPE, PERSÉE, ÉRIXÈNE, PHÉNICE, SUITE · texte numérisé non relu

PHILIPPE, PERSÉE, ÉRIXÈNE, PHÉNICE, SUITE

PHÉNICE

Ah, seigneur! Ah, madame!

ÉRIXÈNE.

De quel présage, hélas, est pour moi ce transport ! Parle, Déinétrius...

PHÉNICE

Plaignez son triste sort, Démétrius n'est plus.

ÉRIXÈNE.

Il est mort?

PHILIPPE, li Persée.

Ah, perfide !

PERSÉE

Je suis coupable encor de ce noir parricide ?

PHILIPPE

Sur quel autre que toi d'un soupçou si pressant...

PHÉNICE

Seigneur, il a parlé, Persée est innocent.

PERSÉE

Enfin le ciel s'explique; et, lorsque tout m'accable, Malgré vous sa justice entraîne le coupable. Au moins, si l'on dédaigne et ma main et ma foi. Je n'ai plus de rival qui triomphe de moi. C'est un charme secret dont la douceur me flatte; Et, lorsque par sa mort mon innocence éclate. Je me retire exprès, de peur de vous blesser Par la joie où mon cœur a peine à renoncer. Je la sens, malgré moi, qui vient y prendre place; Et c'est assez, seigneur, que le respect me chasse.

SCÈNK VI PHILIPPE, ÉHIXEiNE, PHENICE, suite.

PHILIPPE

Va, ris des vreux d'un père interdit et confus.

Pliénice, il est donc vrai que mon fils ne vil plus?

PHÉNICE

Oui, suigiicur, et du sort les plus dures menaces. N'ont fait suivre jamais de pareilles disgrâces. J'étais dans le jardin, c|uand une [iromptc horreur Par un objet affreux s'empare de mon cœur. Du prince tout sanglant le spectacle funeste Me fait craindre un forfait que mon âme déteste. Je m'écrie, et tremblant à le voir aux abois, A peine ai-je parlé qu'il reconnaît ma voix. Il soupire, et faisant effort sur sa faiblesse : " J'exécute, a-t-il dit, l'ordre de ma princesse, Et la mets en pouvoir de donner une foi Qui n'aurait pu, sans crime, être à d'autre (ju'à moi. trestle moins que je dusse au beau feu((ui m'anime. Que rendre par ma mort son hymen légitime. Je l'aimais chèrement, mais malgré tant d'amour. Qui n'en est point aimé n'est plus digne du jour. Du moins, en le quittant, j'ai la douceur de croire Que si l'envie encore ose attaquer ma gloire. Elle repoussera ces bruits injurieux Qui n'ont fait voir en moi qu'un prince ambitieux. Averti du poison qu'un père me prépare. J'évitais par la fuite un ordre si barbare ; Et si pour les grandeurs mon cœur eût soupiré. J'avais chez les Romains un asile assuré; Mais j'aurais de mon feu cru trahir la tendresse Si j'eusse refusé ma vie à ma princesse. Comme pour elle seule on m'a vu la chérir. Quand elle veut ma mort il m'est doux de mourir. Assure-l'en, Phénice, et que jamais une âme... n Son cœurpousseàces mots un soupir tout dellam- Ses regards sur les miens s'arrêtent tristement, [me; Il nomme la princesse, et meurt en la nommant.

PHILIPPE

Hé bien, es-tu content, malheureux politique? Le ciel, selon tes vœux, pour ta grandeur s'explique ; Et si Rome aspirait à te faire la loi. Aux dépens de ton sang, enfin, te voilà roi. Satisfais tout l'orgueil de ce fier caractère, Tu ne le peux remplir qu'en cessant d'être père; Un fils te reste encore, ose, achève, et ne crains Ni la foudre des dieux, ni celle des Romains. C'est lui dont les soupçons pressant ta défiance, Ont fait servir ta crainte à sa lâche vengeance. Le sang contre le sang à la fin t'a séduit. Et cette mort funeste en est l'indigne fruit. Fuyez, fuyez, madame, un père abominable; On partage un forfait à souffrir le coupable. Rentrez dans votre Thrace où les dieux ennemis Pour régner avec vous ont refusé mon fils, Ce fils que de ma rage ils ont fait la victime. Ce fils...

ÉRIXÈNE. [crime.

C'est trop, seigneur, vous charger de mon L'accablement stupide où mes sens sont forcés, De la main qui le perd vous éclairrit assez. Je l'aimais, et Didas me donnant lieu de croire Qu'un choix et bas et lâche avait souillé sa gloire!

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