‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 808 sur 1518 · ANTIOCHUS, ACTE 11, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ANTIOCHUS, ACTE 11, SCÈNE I

Des soins où vous oblige un intérêt si cher. Jamais dans un ilcstiu à nos vœux si contraire, Pourun fils plus iiluslreon n'a vu craindre unpére; Mais en vain nos souhaits hâtent la guérison Des inquiets transports qui troublent sa raison. Pour vous cacher le trouble où son malheur le jette. Il m'emploie à vous faire agréer sa retraite; Et l'éclat des apprêts qu'étale votre cour, Blesse autant son chagrin qu'il flatte votre amour.

Qu'espérer donc, madame, et quel dieu favorable Lui rendra le repos dont la perte m'accable"? Comme sur ses pareils l'ambition peut tout, Par là, de ses ennuis j'ai cru venir à bout. Quand ma main vous appelle au trône de Syrie, J'aime à lui voir remplir celui de Phéuicie, Et pense que sur lui, dans un chagrin si noir, La douceur de régner aura quelque pouvoir; Mais, bien loin qu'à ce charme il se montre sensible, Tigrane m'en rapporte un refus invincible. Et ne découvre rien qui puisse m'éclaircir D'un mal que tous nos soins ne peuvent adoucir.

STRATONICK.

C'est par là que j'en vois la suite plus à craindre. Quoique souffre le prince,on ne peulquele plain-

[dre; Et l'amour paternel vous fait en vain chercher Par où guérir un mal qu'il se plaît à cacher. J'ai déjà fait effort pour vaincre son silence. Mais je l'ai vu s'aigrir par cette violence; Et craignant d'oser trop...

SÉLEUCUS

Ah! Tout vous est permis, Et vous seule avez droit de me rendre mon fils. Vos soinsy peuvent tout, employez-les, de grâce, A détourner le sort dont l'horreur nous menace ; Et pour lire en son cœur, malgré son noir destin. Contraignez-vous encore à flatter son chagrin. Quand vous le presserez, peut-être aura-t-il peine A ne pas expliquer le trouble qui le gène. Surtout, arrachez-lui ce dessein de partir. Madame, c'est à quoi je ne puis consentir. Pendant que vos bontés en rompront l'injustice. J'irai presser le ciel de nous être propice, El, par des vœux soumis désarmant son courroux. Lui demander pour lui ce que j'attends de vous.

ARSLNOÊ, BAHSINE.

BARSINE.

Quoi, lorsque sa langueur va jusques à l'extrême. Le trouble qui la suit fait connaître qu'il aime?

ABSINOE.

Oui,Barsine; et le prince a beau se déguiser, L'amour seul à ce trouble a droit de l'exposer; Dans son cœur, malgré lui, mes soupçons me fout DARsiNE. [lire.

C'est peut-être pour vous qu'.\ntiochus soupire; Et parla, quoi qu'il cache, il vous serait aisé De connaître le mal que vous auriez causé.

ARSINOÉ

Tucrois qu'il m'aimerait, lui, dontl'ardentsuffrage A des vœux do Tigrane autorisé l'hommage. Me l'a fait agréer, et, sur l'aveu du roi. Assure à son amour et mon cœur et ma foi.

BARSI.VE.

Peu voudraient d'un rival favoriser la flamme ; .Mais, madame, il n'est rien que n'ose une grande Et Tigrane à son prince ayant sauvé le jour, [âme ; Tout me devient suspect quand il sert son amour. Pour triompher du sien, le forcer au silence. L'amitié s'est pu joindre à la reconnaissance; Et, quoiqu'il se contraigne à soupirer tout bas, L'excès de son chagrin ne le trahit-il pas? Peut-il niieuxexpliquerqu'il cède ce qu'il aime?

ARSI.NOÉ.

C'est ce cruel effort qui l'arrache à lui-même; Mais, lorsqu'il se soumet à celte affreuse loi, La reine en ce qu'il soutTre a plus de part que moi.

BARSINE.

Stratonice?

ARSINOÉ

Elle-même.

BARSINE.

Et vous le pouvez croire Dans le peu d'intérêt qu'il montre pour sa gloire ? Quand chacun, à l'eavi, s'y fait voir empressé. Du plus faible devoir il se croit dispensé, Jamais il ne lui parle; et, la fuyant sans cesse...

ARSINOÉ

S'il la fuit, ce n'est pas son chagrin qui l'en presse. Il fuit, il craint des yeux trop savants à charmer ; Et craindre un bel objet, Barsine, c'est l'aimer.

BARSINE.

Quoi, c'est là de sa flamme une pi'euve certaine?

ARSINOÉ

Non; mais enfin j'en crois ce portrait de la reine, Qui, trouvé sur mes pas, me laisse peu douter D'un feu que son respect empêche d'éclater : Depuis que le hasard m'en fait dépositaire. Sa perte est un malheur dont on aime à se taire; Et, pour le recouvrer, tout autre qu'un amant. N'ayant rien à cacher, s'en plaindrait hautement. [Elle lire une boiie de porirail qu'elle monire à Barsine.) Vois de nouveau, Barsine, avec quel avantage Ce qui doit l'enfermer étale son ouvrage; Admire tout autour quels pompeux ornements Lui fournit, à l'envi, l'éclat des diamants ! Tant de profusion, comme elle est peu commune, Marque en qui la peut faire une haute fortune; Et la boite est d'un prix qui ne fait que trop voir

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