‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 832 sur 1518 · SCÈNE II SÉLEUCUS, seul · texte numérisé non relu

SCÈNE II SÉLEUCUS, seul

Ah ! Pour ne point douter de son indigne flamme. Il suffit du désordre où se plonge mon àme, Ella tremblante horreur sous qui mon cœur gémit. Sans qu'on m'explique rien, ne m'en a que trop dit. Hébien, roi malheureux, qu'un excès de tendresse Dans le sort de ton fils en aveugle intéresse, 1 La cause de ses maux te rendait inquiet, I Tu la voulais savoir, te voilà satisfait. j Un feu pareil au tien l'attache à Stratonice, I Ton bonheur fait sa mort, lesien fait ton supplice; Et, quoique sa vertu triomphe du désir. Il meurt, si tu ne meurs, c'est à toi de choisir. Quoi, le flatteur appât de ce feu téméraire Lui peut-il donner droit d'être rival d'un père? Et voyant à quel point on m'avait su charmer, i N'a-l-il pas dû, l'ingrat, se défendre d'aimer? De ses vœux par respect arrêter l'injustice? Mais, si son devoir cède, il cède à Stratonice;

El, quelque effort qu'il fît pour se faire écouter; Qui la voit et l'admire, a-t-il à consulter? Non, non, il faut qu'il aime, et si tu tiens à crime Qu'un fils n'ait point borné cet amour à l'estime. Songe à tant de beautés dont les charmes pressants Pour l'enflammer sur l'heure éblouirent tes sens. Songe à ce noble amas de vertus et de grâces Qui sut de tes vieux ans fondre soudain les glaces. Ce fils pour adorer ce qui surprit la foi. N'avait-il pas un cœur et des yeux comme toi? Mais pourquoi rappeler dans mon àme insensée Le pénétrant appas des traits qui l'ont blessée: Pour soutenir tes vœux par les siens traversés, Crains-tu, lâche, crains-tu de n'aimer pas assez? Songe, songe plutôt que sous le poids de l'âge L'amour ne peut offrir qu'un ridicule hommage, Et que, sous le silence, un fils prêt d'expirer T'apprend à la raison comme il faut déférer. 0 combat, dont le trouble oppose dans mou àme L'objet de ma tendresse à celui de ma flamme ! De mon cœur l'un et l'autre attire tous les vœux, El, sans être à pas un, il est à tous les deux. S'il ose consentir que l'amour s'en assure. C'est un triomphe amer dont tremble la nature, El quand vers la nature il a quelque retour, C'est un triompheafi'reux qui fait trembler l'amour. Mais d'où vient qu'à l'espoir cet amour se refuse? Arsinoé peut-être ou s'abuse, ou l'abuse. Éclaircis-toi d'un mal qu'elle aime à découvrir; Mais, quand tu l'auras su, le voudras-tu guérir? Dure nécessité d'une âme combattue!

Je veux croire ma gloire, et ma gloire me lue, Et mon cœur que toujours trop de tendresse émeut. Voulant tout ce qu'il doit, n'ose voir ce qu'il veut. Pour conserver mon fils il faut perdre la reine. Il faut... Mais le voici que son chagrin amène. Dieux, qui voyez le trouble où je suis abîmé. Ne se pourrait-il point qu'il n'eût jamais aimé?

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