AI.CINE
0 Dieux ! Se pourrait-il que pour toucher le vôtre, L'amour...
AXIAXE.
Il peut sur moi ce qu'il peutsurun autre, Et ce qu'on met d'obstacle aux traits qu'il peut sentir, Augmente quelquefois ce qu'on pense amortir.
ALCINE
Cet aveu me surprend, mais à qui puis-je croire Que l'amour ait voulu destiner tant de gloire? Nos princes qui pourraient aspirer jusqu'à vous. De leur ambition font leurs vœux les plus doux; La main d'Arsinoé donne le diadème ; Et, dans l'avidilé de la grandeur suprême, Chacun pour son hymen qui les fera régner, Brigue la voix d'Oronte, et tâche à le gagner. Ce fameux inconnu peut beaucoup sur la reine.
AXIANE
Son mérite est bien rare.
ALCINE
Il obtient tout sans peine; Et ce faite d'honneurs où l'on voit aujourd'hui...
AXIANE
Ilssont grands; mais crois-tu qu'on puisse trop pour
ALCINE. [lui?
Je sais bien qu'à l'État il est si nécessaire, Qu'afui de l'arrêter on ne peut assez faire. Depuis plus de deux ans que la faveur des dieux iNous l'ayant envoyé le retient en ces lieux. De nos fiers ennemis l'insolence étouffée A ses moindres exploits a servi de trophée; Et ce que leur audace ou médite ou produit, Par ses sages conseils est aussitôt détruit; Mais ces rares effets de valeur, de prudence. Lui donnent de la gloire, et non de la naissance ; Et le rang inégal où le ciel l'a formé. Ne l'empêche pas moins d'espérer d'être aimé.
AXIANE
Il se peut qu'en son cœur cet espoir n'ose naître; Mais, Alcine, pourquoi ne pourrait-il pas l'être? L'amour de la raison est-il toujours l'effet. Et n'aime-l-on jamais sans savoir ce qu'on fait?
ALCINE
Je croirais que son rang trop différent du vôtre...
AXIANE
El n'ai-je pas un cœur et des yeux comme une autre;
Et quand d'un vrai mérite on fait briller l'appas, Est-il en mon pouvoir de ne l'eslimer pas?
AL.-.I.NË.
L'estime est innocente, et fut toujours permise, Mais l'amour...
AXIANE
Songe-t-onquel'amourse déguise?
Et dans la liberté de voir et d'estimer. Lorsqu'on aime en effet, s'aperçoit-on d'aimer? D'un doux je ne sais quoi la plus flatteuse amorce N'est d'abord qu'un tribut où la vertu nous force ; L'éclat dont elle brille aux yeux de cent témoins, D'un cœur qui la connaît ne peut attendre moins. L'àme a beau s'en trouver inquiète, interdite, La raison y consent, c'est l'effet du mérite ; Et l'on ne veut pas voir que malgré son secours. Ce mérite plaît tant qu'on y pense toujours. C'est par là qu'ébloui d'une vertu parfaite. Mon cœur en succombant s'est caché sa défaite, Et qu'à mes sens surpris osant trop déférer, Il a pris de l'amour, et n'a cru qu'admirer. Tout ce que des héros l'histoire nous raconte. Tout ce qu'ils ont de grand, je l'ai vu dans Oronte, L'État qui chancelait sans l'appui de son bras, Doit son entier triomphe à ses derniers combats, Au trône par lui seul la reine est affermie; Et s'il eût en naissant la fortune ennemie, Quoiqu'on veuille parla ravaler ses exploits. C'est être plus que roi que maintenir les rois.
ALCINE
Je le veux croire ainsi. Mais Oronte, madame. Est-il assez heureux pour lire dans votre àme?
En sait-il le secret?
AXIANE
Je tâche à lui cacher Ce qu'en vain de mon cœur je voudrais arracher ; Je m'observe sans cesse en tout ce qu'il m'inspire, Mais l'amour dit beaucoup lorsqu'il croit ne rien
[dire, Et quelque soin qu'on prenne à bien dissimuler, Si la bouche se tait, les yeux savent parler. Aussi je l'avouerai, cet heureux téméraire \
Semble se tenir sûr de ne me point déplaire ; Je le vois quelquefois d'un regard tout mourant Solliciter l'aveu des devoirs qu'il me rend. Son amour que fait taire un respect tyranniquc, Emprunte le secours d'un soupir qui l'explique; Et j'ai connu souvent qu'il s'était répondu Que s'il m'avait parlé, je l'avais entendu. Juge, Alcine...
ALCIXE.
Voyez que l'amour vous l'amène
ARIARATE, sous le nom d'Oronte, AXIANE, ALCINE.
Madame, vous savez le dessein delà reine;