‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 841 sur 1518 · LAODICE, ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

LAODICE, ACTE I, SCÈNE II

Des vœux de ses sujets se faisant une loi, On la voit qui s'apprùtc à nous donner un roi. Au défaut de son lils, dont on plaint ladisgrAce, Sa fdle Arsinoé prend aujourd'hui sa place, Et l'époux que pour elle a résolu son choix, Moulant par elle au trône, y va donner des lois. Quelle douceur pour moi si, dans celte journée. Au lieu d'Arsinoé vous étiez couronnée ! Quand Rome disposa de vos États conquis, La reine pour époux vous destina son fds, El dans la Cappadoce on vous vit élevée Pour la gloire où ce choix vous avait réservée. Plût au ciel qu'il parût ce fils, et qu'il fût prêt...

AXIANE

Oronte en mon destin prend toujours intérêt, Et ne peut, sans douleur, voir ma gloire obscurcie Par le sort qui m'a fait perdi-e la Cilicie. Comme elle est le partage où régnaient mes aïeux. J'aurais voulu sans doute y régner après eux; Mais puisqu'enfin le ciel autrement en dispose, M'êtant la Cappadoce, il m'ôte peu de chose. Et du moins, ne devant ni mon cœur, ni ma foi. Si je vis sans éclat, je puis vivre pour moi.

ARIARATK.

Quoi, donner votre cœur au prince Ariarate, Serait-ce un sort pour vous...

AXIANE

La liberté me flatte ; Et ce cœur trop altier appelle un attentat Tout ce qui le soumet à des raisons d'État.

ARIARATE.

J'admire à ces raisons la fierté qu'il oppose; Mais si j'osais, madame, en pénétrer la cause...

AXIANE

Et que me diriez-vous?

ARIABATE.

Ce qu'il nous tient caché.

Que, sans doute, en secret quelque autre l'a touché. Et qu'ainsi...

AXIANlî.

Ce soupçon va trop loin pour ma gloire. Mais enfin quel sujet auriez-vous de le croire ? D'aucuns vœux, d'aucuns soins m'a-t-on vu faire

ARIARATE. [caS?

Madame, au nom des dieux, ne me le cachez pas. Un si fort iutérêt me presse de l'apprendre...

AXIANE

Vous?Etquel intérêt auriez-vous lieu d'y prendre?

ARIARATE.

Madame...

AXIANE

Expliquez-vous, je vous ai tout permis.

ARIARATE.

Vous savez le crédit où la faveur m'a mis, Je puis ce que je veux sur l'esprit de la reine ; Et quand le choix d'un roi lui tient ràrnc incertaine, Nommant qui vous aimez, vous n'auriezpointl'en- De craindre que ce choix pût s'arrêter sur lui, [nui J'en saurais à vos vœux épargner le supplice.

AXIANR.

Je lui ferais peut-être un peu moins d'injustice, El croirais que ma gloire aurait à s'indigner. Si mon cœur lui coûtait la douceur de régner. Mais ma crainte par là trouve peu de matière. Et, pour vous en donner la marque tout entière, Si quelque vi-ai mérite avait à uie charmer. Ce serait par vos yeux que je voudrais aimer ; Ce que vous choisiriez aurait droit de me plaire.

ARIAR.^TE.

Et VOUS pourriez, madame, en croire un téméraire, Qui pour faire un heureux, quel que soitvotre rang. Chercherait plus l'amour que la splendeur du sang? A quel prompt désaveu vous verrais-je réduite?

AXIANE

.Ayantchoisi parvous, j'en craindrais peu lasuite; El qui pour la vertu s'est toujours expliqué...

ARURATE.

Que sert cet avantage où le reste a manque ? Si je vous proposais quelqu'un dont la naissance Avec le sang des rois eût trop de différence, Quelqu'un dont ce malheur ternit les qualilés?

AXIANE

Ces défauts aux destins doivent être imputés, lin héros n'est garant que d'un mérite extrême, Que d'un...

Et si j'osais vous parler pour moi-même. Vous jurer que jamais une si vive ardeur .\vec tant de respect ne s'empara d'un cœur, Que le mien tout à vous par un pur sacrifice... Mais de ma folle audace ordonnez le supplice, Dans son emportement je m'égare et me perds. Est-ce à moi de porter de si glorieux fers ? Est-ce à moi de prétendre où mon orgueil aspire? Parlez, madame.

AXIANE

Adieu.

ARIARATE.

Quoi ! sans me vouloir dire...

AXIANE

Épargnez ce qu'ici je me dois de fierté. C'est vous avoir trop dit que d'avoir écouté.

ARIARATE.

C'est beaucoup, il est vrai, maissi ce pur hommage...

AXIANE

A quoi bon me presser d'en dire davantage? Les devoirs d'un beau sang vous sont assez connus. Vous savez qui je suis, jugez-vous là-dessus.

ARIARATE.

Ce que vous m'opposez n'est pas ce qui me gêne, Soutenez ce beau sang, je le verrai sans peine. Dites-moi seulement si mon feu vous déplaît, Si votre cœur touché...

AXIANE

Je ne sais ce qu'il est, Maisjesens qu'il setroubleà vouloir vousentendre, Etque, quoi quel'amour vous forçât d'entreprendre

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