SCÈNE II LAODICE, ARURATE, CLÉONE
LAODICK.
Il faut faire un grand choix, Ornnte, et mon adresse A rompre pour ma tille un hymen que l'on presse. Ne sait plus qu'opposer aux superbes projets Que forment contre moi des princes mes sujets. L'espoir de la couronne à sa naissance acquise, D'un succès éclatant flatte leur entreprise; Et tous pouvantprélendreà l'honneur de mon choix. Tous de Rome, en secret, ont fait briguer la voix. Aquilius eutr'eux vient résoudre d'un maître; Et l'on voit quelle honte au rang où j'ai su naître, Si pour moi, dans ce choix qu'exprès je veux hà- Les ordres du sénat étaient à respecter. [ter,
Mais, quoiqu'il ne soit pas indigne d'une reine De refuser le joug de la grandeur romaine, Les dieux me sont témoins qu'un intérêt plus cher Fait naître ici l'orgueil qu'on me peut reprocher, Et que dans cet orgueil à mon rang nécessaire. Tout ce que je regarde est un devoir de mère, Qui toujours pour mon fils m'engage à conserver Un sceptre dont je vois qu'on cherche à le priver. C'est ce que je veux faire avec cette tendresse Que demande le sang, que la nature presse ; Et comme de son trône on voit en vous l'appui. C'est devons jusqu'au boutque j'attends tout pour
[lui.
Il est vivant, sans doute, et le ciel qui m'inspire Me promet la douceur de lui rendre l'empire. Si toujours, d'un vrai zèle Oronle prévenu. Veut demeurer pour moi ce que je l'ai connu.
AHIARATIÎ.
Madame, pardonnez si mon chagrin s'exprime Quand je vous vois douter du zèle qui m'anime. Mes plus doux vœux, sans doute, auront été rem- Si je puis voir régner le prince votre fils ; [plis. Mais pour vos intérêts tel est ce zèle extrême, Que malgré le respect qu'on doit au diadème,
Si ce fds sur le Irène oubliant son devoir.
Abusait contre vous du souverain pouvoir.
S'il ne vous laissait pas tous les droits que vous
Leprivilègeheureuxdeporterlacouronne, [donne
Il me verrait moi-même armé pour le chasser
De ce trône où vous seule auriez su le placer.
Jugez après cela si je veux toujours être
Ce que jnsqucs ici vous m'avez su connaître.
Et si j'ai mérité que peu sûre de moi,
A de nouveaux serments vous obligiez ma foi.
LAODICE
Je n'attendais pas moins de ce noble courage Qu'à soutenir l'État mon intérêt engage. Aussi, quand il me faut sur des droits incertains Mettre en dépôt le trône en de Tidèles mains. Voyant combien d'orgueil nos princes font paraître. Je crains tout si par moi l'un d'eux en devient maître; Et dans l'ambition qui les aveugle tous. Je n'ose pour ce choix m'assurer que sur vous. Ce n'est pas que ma fdie à mes ordres défère Jusqu'à vouloiren sœur ce que je cherche en mère; De l'éclat de son sang la jalouse fierté, Contre moi, contre vous, tient son cœur révolté, Votre hymen lui fait honte; el, dès que je la prcs-
ARIAHATR. [sC...
Vouloir jusques à moi qu'Arsinoé s'abaisse! Non, non, quelques dédains qu'elle fasse éclater. Mon sort trop inégal me les fait mériter; Elle se rend justice, et si la faisant reine, Par l'intérêt d'un fils sa grandeur vous fait peine. Il est d'autres moyens de ne point hasarder Le troue qu'à ce fds il vous plaît de garder.
LAODICE
Il en est, et j'en sais, sans que je la contraigne, Qui sauront empêcher qu'un jour on ne la craigne. Et vous affranchiront de la nécessité D'être jamais en butte à son trop de fierté. Vous savez quel éclat les princes ont fait naître. Le peuple agit par eux, il me demande un maître; Et le peuple obtiendra ce qu'il attend de moi. Si ma main vous acquiert la qualité de roi. Ce dessein vous surprend, et quinze ans de veuvage M'éloignant des soupçons d'un second mariage. Il paraîtra nouveau qu'au rang où je me vois. D'un époux tout à coup, une reine ait fait choix; Mais, fût-ce en démentir l'orgueilleux caractère, Ma principale gloire est d'être bonne mère, Et j'en croirai l'éclat au plus haut point monté. Si je mets pour mon fils le trône en sûreté. Comme de toutes parts l'ambition menace. C'est l'assurer pour lui que vous y donner place, Et lui choisir en vous sous ce grand nom de roi. Un tuteur qui pour lui va s'unir avec moi. Qui, plein d'unmêmeesprit quimepousse etm'ins- Aura le même zèle à gouverner l'empire, [pire. Et sera, comme moi, toujours prêt à céder Ce que, sans doute, un autre essaierait de garder.
Ah! Pour tant de bontés, c'est trop peu qu'une vie