‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 867 sur 1518 · ROMAINS · texte numérisé non relu

ROMAINS

LAonicE. [charmes

Seigneur, qui l'aurait cru, qu'un jour si plein de Dût être un jour pour moi de soupirs et de larmes, Et que venant ici pour finir mes malheurs, La gloire devons voir me pùtcoùterdes pleurs ? Pour tout reniercimeut à votre république. Faut-il que ma douleur avec elle s'explique. Et que de ses bienfaits je lui marque le prix Par le trouble oii me met la perte de mon fils ? Vous nous le rameniez instruit par de grands mai- A marcher sur les pas de ses dignes ancêtres, [très Et par le dur revers du plus funeste sort. Le moment de sa gloire est celui de sa mort : A ce cruel objet ma raison qui me quitte, Cède aux égarements de mou âme interdite. Et se perd quand je trouve à venger à la fois Et l'injure de Rome et le sang de nos rois.

AQUILIUS.

Madame, je vous plains, et de votre infortune La fatale ligueur semble si peu commune, Qu'il est bien malaisé qu'avecque moins d'éclat, Votre fermeté cède au coup qui vous abat. Il est rude sans doute ; et quand sa violence Laisse votre âme entière ouverte à la vengeance. Si c'est vous soulager que de vous dire ici Que j'en veux avec vous partager le souci. Ne vous inquiétez que du choix des supplices. Pour savoir le coupable il suffit des complices, Mes soins à le trouver ne sauraient être vains. Et vous pouvez déjà le croire entre vos maius.

LAODICE

C'est par là seulement qu'aux ennuis où je cède. Après la mort d'un fils, j'attends quelque remède. Pour satisfaire Rome et remplir cet espoir. Prenez ici, seigneur, un absolu pouvoir. Je sais que d'injustice et d'erreur incapable, Vous saurez séparer l'innocent du coupable. Et que ceux que lenvie aime à persécuter. Sur un premier soupçon n'ont rien à redouter. Peut-être ma douleur, dans son impatience. Aurait moins de lumière, et plus de violence; C'est vous i]u'clle en -^'eut croire, ordonnez, punis- AQuiLius. [sez.

L'outrage est grand pour Rome, et vousle connais- Mais dcquelque rigueur qu'il arme sa colère, [sez; Madame, elleestencor plus juste que sévère; Et, s'il m'en faut partout soutenir l'intérêt, Quand j'ose condamner je réponds de l'arrêt;

Mais aussi je ne puis qu'au péril de ma tête Voir sans précaution qu'un grand trouble s'apprête; Et je serais suspect moi-même d'attentat, Si j'avais négligé d'en prévenir l'État. J'ai de pressants soupçons qui ne peuvent paraître Qu'on n'ait mis en lieu sur ceuxqui lesont fait naî- Uans leur juste défense lisseront écoulés ; (trc. Mais je no parle point s'ils ne sont arrêtés; C'est au nom du sénat que je vous le demande.

ANAXANDRE.

11 n'est rien que sous vous l'innocence apprédiende, Madame ; et si d'Oronte on s'obstine à douter...

LAODICE

Où l'ordre est du sénat il faut l'exécuter.

Parlez, de qui, seigneur, voulez-vousqu'on s'assure?

AQUILIUS.

D'Anaxandre.

ANAXANDRE.

De moi 1

AQUILIUS.

Si c'est vous faire injure.

Le sang des criminels saura le réparer.

ANAXANDRE.

Madame...

LAODICE

Il n'est pas temps, prince, d'en murmurer, Qu'on le conduise au fort.

ANAXANDRE.

Quoi,jusqu'àrinjustice!

Rome n'a qu'à vouloir, il faut qu'on obéisse?

AQUILIUS.

Rome en est incapable; et quand vous l'offensez,..

LAODICE

Théodol, suivez l'ordre, et vous, obéissez.

ANAXANDRE.

Que sans égard au rang...

LAODICE

Obéissez, vous dis-je; Vous-même vous savez à quoi Rome m'oblige, Contre vous, contre tous, je dois lui déférer. Si le soupçon est faux, on saura l'avérer. Allez, qu'on m'en réponde.

ANAXANDRE.

Il faut céder, madame Mais pour vous consoler, vous connaissez mon ànie, Et ne souffrirez pas que l'on me pousse à bout.

AQUILIUS.

Suivez, Lucilian, et prenez garde à tout.

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